Jusqu’à la garde, un film-choc sur les violences conjugales

Drame sur les violences conjugales, Jusqu’à la garde révèle le cinéaste Xavier Legrand. À voir absolument.

Jusqu'à la garde ©Prod

Doublement primé à Venise et longuement ovationné (Lion d’argent de la meilleure réalisation et prix de la première œuvre), Xavier Legrand, 38 ans, n’en revient toujours pas lorsqu’on le rencontre aux journées UniFrance à Paris, “surtout face aux poids lourds du cinéma qui étaient face à moi, comme del Toro”. Son film est l’aboutissement d’un court métrage déjà très remarqué, Avant que de tout perdre (nommé à l’oscar en 2014 et césar du meilleur court), qui réunissait déjà un casting sans faute: Denis Ménochet massif face à Léa Drucker, dans la peau d’un couple antagonique qui se dispute la garde de leur fils (exceptionnel Thomas Gioria, douze ans). “Jusqu’à la garde est le prolongement de mon court métrage. J’ai voulu montrer ce moment de la séparation qui est le plus dangereux pour les femmes et dans lequel  90 % des drames arrivent, même si chaque cas est particulier. La domination masculine vient aussi d’une conception de la famille très patriarcale. Au départ je suis passionné de tragédies grecques, des liens de sang, de ce que ça implique. L’équivalent de la tragédie aujourd’hui c’est la violence conjugale, c’est un sujet de société qui ne recule pas et dont il faut parler. Mais mon écriture est liée au cinéma”, note Legrand.

Est-ce qu’un mauvais conjoint peut être un bon parent? Pour moi, c’est un mythe.

Le film s’ouvre par un magistral plan-séquence chez une juge aux affaires familiales où le spectateur est placé en position de juge, avant que le point de vue se déplace vers l’enfant puis vers la mère de famille. “Comment détecter qui manipule qui en vingt minutes? D’autant plus que j’avais demandé à Denis de jouer comme une victime et à Léa de jouer comme une coupable”, poursuit Legrand. Le film se déploie ensuite comme un thriller domestique d’une puissance rare, jusqu’à la montée de tension finale. “Mon film est un thriller qui dénonce clairement les féminicides, car ces femmes vivent un thriller, le moindre bruit de clé dans la porte fait sursauter, elles guettent le silence. Est-ce qu’un mauvais conjoint peut être un bon parent? Pour moi, c’est un mythe. Mon but est que ce film permette aussi de mieux protéger les enfants en situation de violences conjugales, car ils sont souvent oubliés dans ces affaires”, termine le cinéaste. On retiendra aussi de ce film coup de poing la performance de Léa Drucker, actrice discrète au tempérament tragicomique, qui décline en un seul rôle toutes les gammes de la peur, jusqu’à la terreur.

Jusqu’à la garde. Réalisé par Xavier Legrand. Avec Denis Ménochet,  Léa Drucker – 93’.

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