Danser pour résister

Pour sa septième édition, le festival Pays de Danses met à l'honneur à Liège l'engagement des chorégraphes d'Afrique du Sud. 

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Malgré de grandes difficultés à obtenir une reconnaissance et à bénéficier d’une politique de subventions dans leur pays, de nombreux chorégraphes sudafricains se sont fait un nom sur le plan international. La biennale liégeoise, qui, depuis sa création en 2006, entend favoriser la circulation des créations au-delà des frontières, leur rend hommage en incluant quatre spectacles inédits dans le programme de son édition 2018.

La danse, langage universel, sans barrière linguistique ni mur à franchir, semble le vecteur le plus direct pour partager des problématiques identitaires, historiques, politiques et culturelles avec un public situé à l’autre bout du monde. Mais elle constitue aussi un instrument de lutte contre les inégalités, le racisme et le totalitarisme. Telle la pantsula, danse née dans les années 60 au cœur des townships, sorte de « street dance » contestataire et militante, qui est au centre de Via Kanana de Gregory Maqoma, un des coups de cœur de Pierre Thys, programmateur du festival : « C’est un spectacle à la fois très engagé et plein d’allé- gresse, à l’image de cette nation arc-en-ciel. Cette danse urbaine est ici revisitée pour, entre autres, s’opposer de front au président Jacob Zuma, dans une énergie très communicative ». Autre temps fort, And So You See… de Robyn Orlin, une habituée du festival, offre une sorte de condensé de ce que représente l’Afrique du Sud d’aujourd’hui. « La chorégraphe, blanche, met en scène un performeur noir qui est aussi guérisseur et qui se filme non-stop. Il représente toutes les minorités de ce pays, notamment les minorités homosexuelles. C’est à la fois épicurien et violent ».

Via Kanana © D.R.

Parmi les chorégraphes programmés dans les autres sections du festival, il convient de noter la présence d’Olga de Soto, Thomas Hauert, Jan Fabre ou Raimund Hoghe. Mais aussi Francesca Pennini dont le Sylphidarium a beaucoup impressionné Pierre Thys : « C’est un spectacle d’aujourd’hui pour les jeunes d’aujourd’hui, avec de vraies références à l’histoire de la danse mais aussi à la culture pop. C’est déjanté et ça sort vraiment des sentiers battus ». Et pour abolir encore plus de frontières, Pays de Danses se paie une première incursion dans le hip-hop avec entre autres la compagnie liégeoise Be Fries.

PAYS DE DANSES, du 26/1 au 24/2. Théâtre de Liège et aussi à Verviers, Hasselt, Huy. www.theatredeliege.be

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