Les Magritte de l’intérieur

Hier soir, Bruxelles déroulait le tapis bleu au cinéma belge. Tout le monde n’est pas venu, mais ceux qui sont venus ont assisté au smash réalisé par Insyriated, six fois nommé, six fois récompensé. 

insyriated

La Belgique est ainsi faite qu’accueillir ses invités à la plus grande fête du cinéma (francophone) ne consiste pas à leur faire monter des marches, mais à leur faire descendre. Un esprit d’escaliers qui vous met la mythologie du cinéma à l’envers et donc à la belge. Samedi 3 février, 19h25. On descend les marches des Magritte, connus – autre exploit de taille, pour avoir fait muter la couleur du tapis rouge, devenu ici tapis bleu.

A l’intérieur, on croise la présidente de cette 8e cérémonie, Natacha Régnier dans une robe évasée brodée, lui prodiguant un air de poupée de porcelaine qui ferme les yeux quand on la couche. Sandrine Bonnaire, en noir et en sourire, qui aura droit, plus tard dans la soirée, à une standing ovation lorsqu’elle viendra réceptionner un Magritte d’honneur, commenté par un (trop) long discours sur l’émotion du cinéma – le rire, les larmes et le reste. Stephan Streker, fidèle à son look «black is the color of my dream», grand favori de la compétition (huit nominations dont meilleur film, meilleur réalisateur et meilleur scénario) et grand déçu de la soirée – son film Noces n’ayant été couronné que par les Magritte du meilleur second rôle féminin (pour Aurora Marion) et des meilleurs costumes (pour Sophie Van Den Keybus). La triplette prestige – meilleur film, meilleur réalisateur et meilleur scénario – va à Insyriared de Philippe Van Leeuw qui, sur six nominations, prend six prix et s’offre le statut de – car il en faut toujours un – «grand vainqueur de la soirée.»

Le Magritte du meilleur acteur consacre Peter Van Den Begin dans King Of The Belgians. Victoire soulignée par la coolitude d’un acteur qui s’est adressé au roi Philippe, l’invitant à une séance privée afin de mater, tranquille, le film dont il est le héros. Le Magritte de la meilleure actrice récompense Emilie Dequenne pour sa performance dans Chez nous. Absente, elle a délégué à son metteur en scène, Lucas Belvaux, qui a lu (vite fait, mais ce n’était pas plus mal, la soirée commençant à se faire longuette) un demi SMS envoyé l’après-midi.

« Je suis un fou, j’ose tout »

Ce genre de cérémonie – caisse de résonnance de toutes sortes de revendications – ne serait pas ce genre de cérémonie sans ses accents politiques et ses vannes de type «je suis un fou, j’ose tout.» On a donc eu droit aux habituelles interpellations d’actualité – Alda Greoli, ministre de la Culture, le CDH en baisse dans les sondages, les intermittents, la politique migratoire, Theo Francken, Donald Trump, Didier Reynders (présent et pointé du doigt pour les amitiés MR-NVA), le féminisme post-Weinstein, et même l’écriture inclusive. Le tout amené soit avec humour (Fabrizio Rongione, maître de cérémonie impeccable, l’incontournable Alex Vizorek, Patrick Ridremont très applaudi), soit sans absolument aucun humour, mais avec une gravité de langage qui tranche avec les remous de la piscine à champagne dans laquelle plongent les invités au dernier prix proclamé.

Si la soirée était longue (mais ça, on le sait avant de commencer puisqu’il s’agit de récompenser tous les métiers du cinéma – à part meilleure attachée de presse, meilleur producteur et meilleur dealer, on a tout le monde), son rythme était bon – même s’il a été aidé par deux sketchs vidéos assez réussis (des fleurs pour Yoann Blanc) et par un live de Puggy tout ce qu’il y a de plus Puggy, c’est-à-dire propre sur lui. Le gros défaut de la soirée, vendue comme l’un des événements du calendrier glamour, reste la guest-list. Franchement, on marchait partout sauf sur les people…          

Le palmarès

Espoir féminin
Maya Dory pour Mon Ange

Espoir masculin
Soufiane Chilah pour Dode hoek 

Scénario original ou adaptation
Philippe Van Leeuw pour Insyriated

Premier film
Faut pas lui dire de Solange Cicurel

Montage
Sandrine Deegen pour Paris pieds nus 

Image
Virginie Surdej pour Insyriated 

Décors
Laurie Colson pour  Grave 

Costumes
Sophie Van Den Keybus pour Noces 

Court métrage de fiction
Avec Thelma de Raphaël Balboni et Ann Sirot

Court métrage d’animation
Le lion et le singe  de Benoît Feroumont

Musique originale
Jean-Luc Fafchamps pour  Insyriated

Son
Alek Goose, Paul Heymans pour  Insyriated 

Acteur dans un second rôle
Jean-Benoît Ugeux pour Le Fidèle 

Actrice dans un second rôle
Aurora Marion pour Noces

Réalisation
Philippe Van Leeuw pour Insyriated

Film flamand
Home de Fien Troch

Socumentaire
Burning out de Jérôme le Maire

Film étranger en coproduction
Grave de Julia Ducournau

Acteur
Peter Van Den Begin pour King of the Belgians

Actrice
Emilie Dequenne pour Chez nous

Film
Insyriated de Philippe Van Leeuw

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