30 ans après sa mort, Roy Orbison part en tournée

Dalida, Roy Orbison, 2Pac, Michael Jackson, Claude François,... Quand les artistes décédés reprennent vie sur scène, ou l'étrange business des "résurrections" en hologrammes.

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Nouveau venu dans l’industrie du divertissement, le « concert hologramme » entame sa percée, lentement mais sûrement. Un drôle de business dont les ingrédients principaux sont la nostalgie, la curiosité et… les bénéfices. La preuve avec le chanteur Roy Orbison, disparu le 6 décembre 1988 des suites d’une crise cardiaque : il aura 52 ans pour toujours. Banane noire, lunettes de soleil, costume seyant,… Un physique emblématique, une image gravée dans la rétine, qui va reprendre vie sur scène. La phrase est en elle-même saugrenue à écrire. Pourtant, c’est la réalité pure : pour fêter l’anniversaire des trente ans de sa disparition, BASE Entertainment a décidé de le remettre sur pied à l’occasion d’une tournée mondiale nommée « In Dreams : Hologram Tour ». Ici, pas question de reprises et d’un groupe qui se grimerait sous les traits des stars d’antan, utilisant un nom comme les Zeatles ou Timi Hendrix. Il s’agit bien du vrai, remasterisé en version 2018.

Roy Orbison Hologramme

Son fils, Alex Orbison, s’est récemment exprimé au sujet de cette série de concerts particuliers « Mon père a été l’un des premiers à combiner rock’n’roll et sonorité orchestrale, de fait, imaginer mon père en concert avec un grand orchestre est vraiment un rêve qui se réalise. » Mais son plus grand fantasme est ailleurs. Selon Alex Orbison, voir jouer l’hologramme de son père au mythique festival de Glastonbury en 2019 serait un réel accomplissement. Une volonté réalisable, toujours selon ce dernier « La technologie évolue tellement rapidement. Au début, on nous avait dit qu’on ne pourrait proposer le spectacle de mon père que dans des salles de concert, pour contrôler l’intensité de l’hologramme. Aujourd’hui, nous sommes tout à fait en mesure de proposer son live en plein air, et ce même si c’est pendant la journée »

Roy Orbison n’est ni le premier, ni le dernier à reprendre vie grâce aux hologrammes lors d’un concert. En 2012, le festival Coachella qui se tient chaque année en Californie, a surpris tout le monde en réanimant Tupac Shakur, décédé en 1996, à l’occasion d’un concert avec ses potes de l’époque, Snoop Dogg et Dr. Dre. Habitué à proposé des « guests » stars de premier choix lors des performances des artistes à l’affiche, le festival a décidé de frapper fort en réunissant les trois figures principales du hip-hop West Coast sur les classiques Hail Mary et 2 of Amerikaz Most Wanted avant de voir s’évaporer 2Pac dans l’atmosphère. Bluffant, le résultat n’en était pas moins déstabilisant. Inspiré des concerts filmés avant sa mort, ce live a permis de répliquer les mimiques du rappeur originaire de New-York, l’intonation de sa voix et même de lui faire hurler un « What the fuck is up, Coachella! » alors que la première édition de ce festival s’est tenue trois ans après son décès.

En 2012, le festival Coachella qui se tient chaque année en Californie, a surpris tout le monde en réanimant Tupac Shakur

Comme l’évoque Alex Orbison, la technologie des concerts en hologramme évolue rapidement, très rapidement. Si à l’origine, les concepteurs de ce genre de shows avaient besoin d’images filmées lors du vivant des artistes pour concevoir leurs performances virtuelles, cela n’est désormais plus le cas. On pourra donc rapidement voir débarquer sur scène des lives de morceaux que les chanteurs n’ont jamais joué en « vrai » et faire collaborer des artistes qui ne se sont jamais croisés dans leurs vies. Imaginer 2Pac chanter du Michael Jackson, ou encore John Lennon performer avec Kurt Cobain est donc totalement envisageable. Mais est-ce bien raisonnable ? Au delà de l’évidente question morale, se pose également la question de la rentabilité de ce genre de concerts. L’an dernier, le spectacle « Hit Parade » a ainsi fait revivre Dalida, Mike Brant, Sacha Distel et Claude François. Chaque hologramme conçu pour l’occasion a coûté la modique somme de 500.000 euros, et ce pour proposer 1h30 de divertissement.

L’an dernier, le spectacle « Hit Parade » a ainsi fait revivre Dalida, Mike Brant, Sacha Distel et Claude François

Comme il n’existait pas d’images d’assez bonne qualité filmées de leur vivant -à l’inverse de Tupac et de Michael Jackson, qui lui aussi a connu sa résurrection en hologramme- les producteurs du spectacle « Hit Parade » ont dû recréer une Dalida, un Claude François et un Mike Brandt à l’aide de doublures et de comédiens au physique ressemblant. La tête des stars décédées a ensuite été « collée » à la vidéo, puis réanimée grâce aux images de synthèse. Ces artistes, tous autant qu’ils sont, ont marqué l’industrie de la musique parce qu’ils étaient « spéciaux », vivants, imprévisibles. Observer une copie de leur personne se mouvoir devant nous, sachant que chacun de ses mouvements aura été décidé à l’avance par un parfait inconnu, laisse un amer sentiment dans la bouche. Quoi de plus détestable, en effet, de s’emparer de l’image de quelqu’un pour lui faire dire et chanter n’importe quoi ? Pourtant, il faudra faire avec. En 2018, il semblerait bien que les artistes disparus du passé soient le futur des performances lives.

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