Paris pieds nus: la mise en Seine d’Abel et Gordon

Le film d'Abel & Gordon récolte trois nominations aux Magritte, dont celle du meilleur film. Notre critique à sa sortie.

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L’intrigue tient sur un petit bout de papier collant. De ceux qui s’accrochaient à la semelle de Chaplin et racontaient mille et une histoires drôles. Appelée à la rescousse par sa tante Martha en détresse (sublime Emmanuelle Riva), Fiona quitte son Grand Nord pour Paris. Mais tantine n’est pas si facile à trouver, dans ces ruelles en bord de Seine occupées par un SDF débrouillard et collant… Invitation permanente à la poésie, Paris pieds nus fait une nouvelle fois se téléscoper au bout du cadre le grand corps dégingandé de Fiona Gordon et le rire lunaire de Dominique Abel. Leur petite musique ne change pas depuis L’Iceberg: ne pas chercher le gag à tout prix, tandis que s’installe, mûrement échafaudé dans une mise en scène au millimètre, le burlesque subtil. Tati, Charlot, Buster, ne sortez pas de ces corps! Mais cette fois, le duo va plus loin que la dynamique du (sou)rire absurde. Ils osent l’harmonie, au moment-même où l’on attend l’accident humoristique du slapstick. Après plusieurs chutes comiques dans la Seine, tout d’un coup, les corps ne se heurtent plus entre eux et aux parois parfois si dures du réel. Non, le temps d’un moment suspendu dans un écran partagé, ils font vraiment « un ». Ça doit être ça qu’on appelle l’amour.

Paris Pieds Nus. Réalisé par Fiona Gordon, Dominique Abel. Avec Fiona Gordon, Dominique Abel, Emmanuelle Riva. 83’

 

 

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