Nabil Ben Yadir à propos de Dode Hoek: « Le discours populiste est partout »

On avait interviewé le réalisateur à la sortie de Dode Hoek (Angle mort), qui réunit quatre nominations aux Magritte, dont celle du meilleur film.

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S’emparant des codes du film de genre, le réalisateur des Barons et de La Marche revisite à sa manière le thriller politique dans une Belgique cernée par le discours raciste. Tourné entre Anvers et Charleroi, Dode Hoek (Angle mort) raconte la rédemption d’un commissaire de police passé à l’extrême-droite (Peter Van den Begin), sous le regard d’un jeune issu de la communauté maghrébine (Soufiane Chilah).

Angle mort est-il votre film le plus politique ?

Mon film le plus politique c’est Les Barons, même si pour moi chaque film est politique. Mais un film uniquement axé sur la politique me paraît dangereux. Le cinéma est justement là pour proposer l’inverse de ce que les gens voient tous les jours à la télé ou échangent en boucle sur les réseaux sociaux. Le public politisé, le public de convaincus ne m’intéresse pas. Finalement le choix du genre, que ce soit la comédie ou le thriller, est aussi à mes yeux un choix politique. Il y a quinze films qui sortent chaque semaine, il faut penser à se positionner aussi là dedans et la politique se situe exactement là. La politique, c’est l’angle mort du film.

Vos personnages extrémistes partent-ils d’un constat de terrain ?

Je me suis inspiré d’une parole populiste plus que d’un parti. Le discours populiste n’est pas uniquement en Flandres ou à la N-VA, il est partout, en France, en Belgique, même dans des partis dits démocratiques. Le discours raciste est peut-être moins visible en région francophone mais il est beaucoup plus insidieux. Inversement le personnage de Dries (Soufiane Chilah) est un modèle politique de surintégration, c’est inquiétant aussi.

Le montage financier d’Angle mort a-t-il été plus difficile à réaliser ?

Pas plus que Les Barons. Seulement je n’ai pas fait un film flamand, mais un film francophone en flamand. C’était donc compliqué à monter car notre cinéma est régionalisé. Mais j’ai voulu être dans la réalité cinématographique de ce que je filmais, sans travestir. Le cinéma est là pour créer des ponts.

Quelles sont vos attentes sur l’impact politique de ce film ?

Ma règle c’est qu’il ne faut jamais rien attendre. Après, selon la réaction des gens on se rend compte qu’on a touché à une réalité, à une émotion, et qu’on est même en retard sur ce qui se passe. Mais je réfute complètement l’idée que le cinéma soit là pour dire aux gens comment bien voter. D’ailleurs ça produit souvent l’effet inverse. Mon film n’est pas donneur de leçon, c’est juste une alarme, un carton rouge. Ici je montre un personnage aux idées monstrueuses, hors limite mais quand même attachant. A l’inverse, les démocrates peuvent être les pires des crapules dans la vie. Et c’est justement là que l’extrême-droite prend sa place. La vraie question est plutôt de se demander à qui s’adresse un film ? je ne prêche pas les convaincus.

Angle mort. Avec Peter Van den Begin et Soufiane Chilah – 105’

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