Avec Pentagon Papers, Spielberg frappe fort

Thriller journalistique brillant autant que récit d’“empowerment” féminin, Pentagon Papers frappe fort.

Pentagon Papers ©Prod

Si Steven Spielberg respecte toujours les leçons apprises des maîtres du passé (David Lean et John Ford en tête), ce génie de la mise en scène et du storytelling est aussi complètement en phase avec son temps. En attendant la sortie de Ready Player One (un drame de science-fiction tourné avant Pentagon Papers), jamais l’une de ses fresques historiques (Munich, Amistad, Lincoln…) n’a eu autant de résonance avec son époque, à l’heure où le président américain Donald Trump accuse systématiquement les médias (et notamment le Washington Post) de fabriquer des “fake news”, au risque de remettre en cause le premier amendement de la Constitution relatif à la liberté de la presse. 

En effet, Pentagon Papers (The Post selon son titre original) raconte un moment-clé de l’ascension du Washington Post, alors petit journal local, au rang d’organe de presse nationale. Fondé en 1877 et propriété d’Amazon depuis 2013, le Post est connu pour être à l’origine du scandale du Watergate ayant entraîné la démission du président Nixon en 1974, et devenu depuis l’un des emblèmes de la liberté de la presse et du contre-pouvoir américain. L’histoire du Watergate fit l’objet au cinéma d’un modèle de thriller journalistique en 1976 (Les hommes du président d’Alan Pakula avec Robert Redford et Dustin Hoffman dans les rôles des reporters Bob Woodward et Carl Bernstein). Ici, Spielberg revient sur un premier coup d’éclat datant de 1971: la révélation par le Washington Post d’une étude classée secret-défense sur la guerre du Viêtnam, initiée par l’ancien secrétaire d’État Robert McNamara et impliquant plusieurs présidents américains (de Truman à Kennedy et, déjà, Nixon – qui apparaît ici sous forme d’écoutes téléphoniques). Le scénario est mené cette fois par un duo masculin-féminin de haute volée: Tom Hanks (fidèle de Spielberg depuis Il faut sauver le soldat Ryan) en rédac’ chef badass et Meryl Streep dans le rôle de Katharine Graham, l’héritière du Washington Post devenue directrice après le suicide de son mari.

Femme de pouvoir

Le premier tiers du film s’inspire de Violence à Park Row de Fuller pour montrer la course au scoop entre le rédacteur en chef du Post (Tom Hanks, donc, très en forme dans la peau d’un Ben Bradlee n’hésitant pas à poster une taupe chez ses concurrents), et le puissant New York Times qui a toujours une longueur d’avance. Le Times est en effet le premier à publier une partie des 7.000 pages de documentation top secret fournies par l’ancien analyste d’État Daniel Ellsberg (Matthew Rys de la série The Americans), révélant trente ans de mensonges de l’état-major. Frappé par une interdiction de mise en presse par la Maison Blanche, le Times laisse la voie libre au Post qui remet la main sur sa source. Mais faut-il publier? Le film se déploie ensuite selon le choix moral posé à Katharine Graham, femme d’influence proche du pouvoir mais pourtant désireuse de relancer son journal, fût-ce au prix d’un scandale d’État.

Tout en ressuscitant l’énergie vintage d’une rédaction des années septante (du reporter Ben Bagdikian transportant les précieux documents dans un carton aux ouvriers typographes ayant permis leur reproduction), Spielberg cerne avec humour la camaraderie progressive qui vient lier Bradlee à Graham, jusqu’au courage final. Le film devenant alors autant un plaidoyer ultra- démocratique pour la liberté de la presse qu’un récit d’“empowerment” féminin (au sens de “pouvoir d’agir”). Époustouflante en grande bourgeoise domestique se muant en femme de pouvoir, percevant en visionnaire l’importance de l’influence d’un journal, Meryl Streep excelle. On retiendra une scène-clé où Streep inverse toute la condescendance avec laquelle lui parlent ses homologues masculins, comme un écho à la dénonciation du sexisme contemporain. En ce sens, le film fait aussi déjà figure de classique.

 

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