Frédéric Beigbeder sera immortel

Dans Une vie sans fin, l’auteur de 99 francs et d’Un roman français, livre sa feuille de température, passe de clinique en clinique et raconte son nouveau combat : être plus fort que la mort.

Le livre de la semaine © Delphine Doerane

Ses détracteurs disent que son monde se réduit au micro périmètre entourant son nombril. Qu’on les prévienne : Une vie sans fin, son nouveau livre, s’exhibe comme un égotrip déclaré et sa lecture leur fera sans doute passer un très mauvais moment. Pour les autres – fans, fidèles et autres disciples – bienvenue au banquet Beigbeder, on en mangerait. Après avoir tout – ou à peu près tout – raconté de ses aventures glamouro-toxico-sexo-nocturnes, Frédéric Beigbeder dit être rangé des voitures. La cinquantaine entamée, tournant le dos au pays merveilleux du clubbing (qui a tant fait pour lui), il se pose des questions qu’il ne se serait jamais cru capable de se poser.

Père de famille, observateur d’une vie qui – comme les os – se rouille, inquiet de son penchant à préférer le quinoa à la coke (on croit rêver), l’homme a décidé de ne pas se laisser faire. Dans un mouvement de révolte digne d’un aîné existentialiste, Beigbeder décide qu’il sera plus fort que le temps qui passe, plus costaud que la vieillesse et, tant qu’il y est, plus intransigeant vis-à-vis de la mort dont il rejette le concept saugrenu.

Mixant enquête sur l’avènement d’un surhomme (immortalité, transhumanisme, vie augmentée…) et considérations personnelles (ses femmes, sa fille, sa mère, son père, ses examens médicaux), Une vie sans fin suit la course désespérée mais très amusante d’un homme qui met toutes les chances de son côté pour décrocher la vie éternelle. Et pour paraphraser Georges Brassens (« Mourir pour des idées, d’accord, mais de mort lente »), la vie éternelle, d’accord, mais ici-bas.

Rencontres avec des scientifiques. Check-up et échographie détaillés (vous aurez même droit – page 95 – à la photo de son cœur, summum de l’imagerie people.) Visites en cliniques spécialisées (notamment en Autriche pour repulper son sang par intraveineuses lasers.) Listes comparatives (avantages et inconvénients de la mort, différences entre l’homme et le robot, différences entre le trentenaire célibataire et le père quinquagénaire.) Une vie sans fin relève plus du collage que du roman, brasse mille angoisses et prend le lecteur à la gorge lorsqu’il s’amuse à mettre des mots précis – et très choisis – sur la peur de la mort.

Une vie sans fin, Frédéric Beigbeder, Grasset, 349 p.

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