Déranger avec des films

La huitième édition du Ramdam festival bat son plein au cinéma Imagix de Tournai. Jusqu’au 23 janvier, 47 films et 17 courts-métrages y seront présentés. Une programmation d’exception pour bousculer les esprits.

Déranger avec des films

Ils étaient 4000 festivaliers lors de la première édition, ils seraient aujourd’hui près de 28 000. Le « festival qui dérange  » a connu une ascension fulgurante en à peine huit ans. Plus de public, mais une ligne de conduite qui perdure. Car au Ramdam, le but est toujours de troubler, gêner, choquer, transgresser, mais intelligemment pour faire réfléchir et susciter le débat sur des sujets touchy. La programmation 2018 répond parfaitement à ces critères avec ses 64 films répartis en quatre catégories : fiction, documentaire, rétrospective et les Ramdam belges de l’année.

Du réel, rien que du réel

Bousculer avec la vérité, c’est la force des documentaires. Parmi la programmation docus, on a relevé quelques pépites comme Malaria Business dont nous avions rencontré le réalisateur Bernard Crutzen fin décembre. Ce documentaire lève le voile sur l’emprise des firmes pharmaceutiques sur la recherche et la fabrication de médicaments pouvant soigner le paludisme. I Know You Are There de Thom Vander Beken s’engouffre lui dans une chambre d’hôpital du Coma Science Group de Liège pour suivre le quotidien de Quentin qui vit dans le coma depuis 10 ans. En avril dernier, ce film bouleversant est sélectionné à Visions du Réel, le prestigieux festival de documentaires de Nyon en Suisse. Avec Cocaine Prison, la jeune réalisatrice Violeta Ayala (Le Cas Bolivien, Stolen) propose une immersion dans les entrailles de la drogue en Bolivie. Loin des stéréotypes de violence véhiculés par des fictions comme Narcos, ce doc en vision inédite promet d’être très intense. Bien ancré dans le climat actuel de revendications féministes, Sexo, Pregações e politica part de la mort mystérieuse de Jandira, une jeune femme décédée dans une clinique d’avortement, pour montrer les relations écrasantes et omniprésentes qu’entretiennent milieux politiques et religieux, aux dépens des femmes, des homosexuels et des transexuels et transgenres. Aussi au cœur de l’actualité, Human Flow met en images la crise des migrants et ses terribles conséquences humanitaires. Tourné sur une année dans 23 pays, « ce film exceptionnel a bouleversé le comité de programmation du Ramdam » peut-on lire sur leur site. Son réalisateur Ai Weiwei avait été désigné comme la figure la plus puissante de l’art contemporain en 2011.

Des scénarios qui bousculent

Côté fictions, le festival tournaisien n’a rien à envier aux autres festivals de cinéma du pays. Hier, la projection de In The Fade, Golden Globe du meilleur film étranger, a rassemblé 1200 personnes. Et le reste de la programmation des fictions fait rêver. Inspiré d’une histoire vraie, La Belle et la Meute met les pieds dans le plat en relatant le calvaire bureaucratique (et psychologique) d’une victime de viol. Dans un autre registre, on retrouve avec plaisir les Belges Adil El Arbi et Bilall Fallah (Black), avec Patser, un film totalement décomplexé. Sans complexes également, The Florida Project, le dernier film du réalisateur Sean Baker (Tangerine, prix du jury à Deauville en 2015) suit les aventures d’une petite fille de 6 ans dans le Magic Castle Motel de Kissimmee en Floride. Impossible de tous les citer, mais on n’oublie pas également Carnivores (le premier long-métrage des frères Rénier), Under The Tree (avant première francophone pour ce film islandais), Ice Mother (portrait émouvant d’une veuve de 67 ans), L’Insulte (drame belgo-franco-libanais), Hannah avec Charlotte Rampling et The Post qui relate l’histoire vraie des Pentagon Papers.

Avantage de taille :  27 films diffusés seront accompagnés de leurs équipes (réalisateurs, acteurs, scénaristes…). À la fin de ces dix jours intenses, c’est le public qui décernera les prix et non un jury de professionnel, comme c’est habituellement le cas dans d’autres festivals de cinéma. Le Ramdam est définitivement là pour se démarquer, et c’est réussi.

 

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