En soutien au cinéma Nova, courez voir « Laissez bronzer les cadavres »

Alors que le cinéma Nova à Bruxelles apprend la perte de 20 000 euros de subsides, les cinéastes Hélène Cattet et Bruno Forzani y ont carte blanche (« autour des cadavres ») jusqu’au 25 février.

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En 2009 Quentin Tarantino himself remarquait Amer, premier film d’Hélène Cattet et Bruno Forzani, duo de réalisateurs français implantés en Belgique. Suivait L’Etrange couleur des larmes de ton corps en 2014, où perçaient les influences du cinéma de genre italien, à la frontière du western et de l’érotisme gore. En adaptant un roman noir de Jean-Patrick Manchette (auteur de polars cultes disparu en 1995), le duo Cattet-Forzani récidive dans l’expérience visuelle et sonore sous haute tension, avec Laissez bronzer les cadavres, néo-western époustouflant et ultra-référencé, véritable claque visuelle lancée sur la piste d’un butin de 250 kilos d’or planqués chez une artiste recluse dans un village corse. On y croise en vrac des gangsters brutaux, des flics surarmés et des visions hallucinatoires de corps peinturlurés à l’or fin. Décryptage avec les cinéastes. On vous donne trois raisons d’aller voir le film.

L’influence des Nouveaux Réalistes

« Pour faire décoller l’adaptation on a traité l’action comme un happening des années soixantes. Le personnage de la peintre s’inspire de Niki de Saint Phalle qui peignait à la carabine ; les décors des sculptures s’inspirent de Tinguely, d’Arman ou César qui cassaient des voitures ; les visions du body painting à la Yves Klein, le tout dans des paysages très bleus. Pour atteindre ce village abandonné en Corse, on randonnait une demi-heure chaque matin et les hélicos déposaient le matériel ».

Une BO signée Morricone & Christophe

« Les musiques sont déjà choisies à l’écriture, afin de créer une vraie fusion entre l’image et le son. On tourne en pellicule sur des sonorités des années 1970 avec de vraies orchestrations et un toucher sonore. Le but est de créer une texture visuelle. On a utilisé quatre titres existants d’Ennio Morricone ainsi qu’une musique de Christophe extraite de Sur la route de Salina, un film hippie de Georges Lautner ».

Les codes du western spaghetti et du giallo

« Le cinéma de genre italien est une vraie influence. Citons Keoma d’Enzo Castellari (1976), un western italien crépusculaire. Contrairement au western américain, le western italien déconstruit le mythe américain avec des personnages anarchistes, des chasseurs de prime, qui parlent aussi de l’Italie de l’époque. La référence en giallo, c’est Les Frissons de l’angoisse de Dario Argento. Le duel de référence c’est le final de Pour quelques dollars de plus de Sergio Leone, avec un découpage hallucinant, rythmé par la montre à gousset et la boîte à musique. Sans oublier le duel à l’harmonica d’Il était une fois en Amérique ».

Noter la carte blanche à Cattet & Forzani au cinéma NOVA jusqu’au 25/02. nova-cinema.org

Laissez bronzer les cadavres. Réalisé par Hélène Cattet et Bruno Forzani. Avec Elina Löwensohn, Bernie Bonvoisin, Marc Barbé – 90’

 

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