Les dernières interviews de Playboy

Paroles de lapin - derrière ce titre vaguement cartoon, on trouve un formidable recueil des meilleures interviews publiées dans Playboy. Car le journalisme a aussi ses chefs-d’œuvre. La preuve.

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ll n’y a que ceux qui n’ont jamais ouvert Playboy qui pensent que Playboy est un magazine porno. Les habitués, des hommes qui aiment la liberté sexuelle, les photos de charme, les porte-jarretelles en dentelle, mais aussi l’humour comme forme d’intelligence et la politique comme sujet de conversation, l’ont répété à l’envi: il n’y a pas que des femmes nues dans Playboy. Ce grand leitmotiv de ceux qui devaient justifier un achat jugé louche par leur entourage, à la longue, on a fini par le croire, car ils avaient raison. Qu’iraient faire dans une revue cochonne Gabriel García Márquez, Joan Baez, Clint Eastwood, Joyce Carol Oates et Salman Rushdie? Dans Playboy, il y a donc aussi des hommes et des femmes en col roulé ou en costume-cravate qui s’expriment – tout en gardant leurs vêtements – sur la liberté sexuelle et aussi, quand ça s’y prête, sur les porte-jarretelles en dentelle comme unités de mesure de l’évolution des mentalités.

Cette crédibilité intellectuelle du magazine de Hugh Hefner (un des grands et chers disparus de l’année), on la trouvait dans les articles et les nouvelles signés par des plumes (Norman Mailer, Ian Fleming, Vladimir Nabokov, Margaret Atwood…) qui, de près ou de loin, n’avaient aucune connexion avec l’industrie du sexe. Elle s’est aussi consolidée autour de l’interview-fleuve, devenue exercice noble du mensuel et passage obligé pour les célébrités.

Dans Paroles de lapin, anthologie de ces entretiens que font paraître les Éditions du sous-sol, Stephen King, interrogé en 1983 , avoue en début de conversation avoir rêvé être invité dans Playboy et qu’y être arrivé relève du défi personnel, pour ne pas dire de la consécration. “C’est génial, explique l’auteur de Carrie et Christine. J’adore!  Bien sûr, c’est bon pour l’ego de se dire que Playboy va me consacrer une interview et d’y voir mon nom imprimé en capitales noires […]. En fait, je suis ravi, car quand j’essayais de percer en tant qu’écrivain – sans succès -, je lisais vos entretiens, qui m’apparaissaient comme le symbole absolu de la réussite et de la célébrité.”

Dans les années 60, 70 et 80 (un peu moins après), l’interview de Playboy est une sorte de trophée pour celui qui a la chance de s’y soumettre en même temps qu’un moment d’exposition extrême, le principe étant d’amener l’invité là où il a le moins l’habitude d’aller. Les questions sont souvent iconoclastes, inattendues, désorientantes, mais pas seulement. Et si elles le sont, c’est dans le but de provoquer une réaction chez l’interviewé qu’il faut chercher, sans l’agresser, à sortir de sa zone de confort. Les réponses sont publiées dans un magazine qui, à l’époque, vend un million et demi d’exemplaires par mois (rien qu’aux États-Unis), une revue dont l’écho traverse toutes les classes sociales – des camionneurs aux directeurs.

Un entretien au long cours (pratique journalistique qui sera souvent copiée, puis perdue de vue et réactivée par le slow journalisme) dont les exemples livrés dans Paroles de lapin prouvent combien Playboy était une caisse de résonance des préoccupations de la société – en termes de politique, de sexe et de culture.

 

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