Jonathan Safran Foer, qui est ce garçon ?

Wonderboy de la littérature américaine, il a conquis sa place en deux romans.  Me voici, saga familiale à l’ère des sextos et de la réalité virtuelle, valide sa position. 

Jonathan Safran Foer ©BelgaImage

Sept cents pages. Des dialogues kilométriques qui frôlent le Woody Allen. Un père, une mère, trois fils. Une bar-mitsva en préparation et un chien incontinent. Un grand-père, une grand-mère, des objets connectés. C’est la base de lancement de Me voici, le nouveau livre de l’épatant Jonathan Safran Foer, signature prestigieuse de la jeune littérature américaine.  La mère, c’est Julia. Le père, c’est Jacob. Julia découvre que Jacob possède (et cache) un deuxième téléphone portable bourré de sextos bien crus et biens chauds. Julia va-t-elle quitter Jacob? Et tout faire s’écrouler à cause de la nouvelle passion de son mari pour le langage ordurier – mari qui jure ne pas avoir couché avec la destinataire de ces messages cochons? Vous le saurez en suivant les aventures hypercontemporaines de cette famille qui pourrait être la vôtre, et qui ressemble sans doute à la nôtre.  De son roman, Jonathan Safran Foer dit que ses amis l’ont lu, lui rapportant que c’est le premier qui lui ressemble vraiment. Pour info, depuis son dernier livre, Jonathan Safran Foer, 40 ans, s’est marié, a eu deux enfants et a divorcé…

Votre nouveau livre – Me voici – montre comment il faut se battre pour trouver sa place dans une famille…

JONATHAN  SAFRAN  FOER  – Oui, c’est un livre sur des gens qui essaient de trouver leur place dans différentes institutions – le mariage, la famille, un pays, une profession… Dans tous ces tiraillements, il faut arriver à savoir qui vous êtes vraiment à la fin de la journée.

La famille est centrale dans tous vos livres.  Pourquoi êtes-vous si obsédé par ce thème ?

Je n’ai jamais compris cette question. Personne ne demande à J.K. Rowling pourquoi elle écrit tout le temps des histoires à propos d’un petit sorcier, alors que personne ne connaît de petit sorcier, même pas elle. Tout le monde est confronté à l’idée de la famille, même quand cette famille est absente. Tout le monde vient de quelque part, tout le monde vient d’une famille, même Harry Potter.  Pour moi, écrire sur la famille, c’est comme écrire sur des gens qui respirent de l’oxygène.

Le père, Jacob, est auteur pour une série HBO. J’imagine que vous êtes très intéressé par les nouvelles expériences de narration développées par les séries ?

Les séries sont vraiment considérées comme des œuvres d’art, alors qu’avant elles étaient juste des objets de loisir. Cela a eu une très grande influence sur le travail des romanciers.  Personnellement, je ne suis pas un dingue de séries. J’ai essayé de regarder tout ce que tout le monde regarde – Breaking Bad, par exemple – mais c’est très rare que j’aille au-delà d’un ou deux épisodes. Franchement, je n’ai jamais vu de série qui m’a donné la même expérience que lire un livre ou écouter de la musique.

En 2005, vous avez publié ce très beau roman – Extrêmement fort et incroyablement près – basé sur les attaques du 11 septembre 2001. Quelle était l’urgence pour vous d’écrire ce livre ?

En fait, au départ, j’avais juste une histoire, celle d’un petit garçon qui a peur des avions et dont le père vient de mourir subitement. C’est mon frère qui m’a mis sur la piste du 11 septembre. Et ça a tout à fait changé le livre auquel je pensais. C’était étrange. Et seize ans après les événements, il est curieux de constater qu’ils n’ont pas inspiré plus de livres. Ceux qui ont été écrits, je peux presque tous les citer.

Vous êtes végétarien, vous avez signé Faut-il manger les animaux ? Qu’est-ce qui vous a poussé à réaliser cette enquête sur l’industrie de la viande ?

C’est quelque chose qui remonte à mon enfance. Tous les enfants pensent à la relation qu’ils entretiennent avec les animaux. Ils vont au lit avec un animal en peluche, ils lisent des livres dont les personnages sont des animaux.  Enfant, je trouvais ça bizarre de manger les animaux, mais je le faisais comme n’importe qui. Plus tard, c’est revenu… J’ai voulu comprendre pourquoi on mangeait les animaux. Et surtout comment on les traitait pour pouvoir les manger. D’où mon enquête chez les éleveurs et dans l’industrie de la viande.

Vous êtes devenu très connu à 25 ans avec votre premier livre – Tout est illuminé. Comment avez-vous vécu cette célébrité ?

L’autre jour, j’étais à la télé dans un débat avec un jeune écrivain de 25 ans. J’étais supposé lui donner des conseils. Je me suis dit “Holà” . J’ai été chanceux, j’ai connu la meilleure expérience qui soit. Ma vie a changé à cause d’un livre. D’autant que devenir écrivain, ce n’était pas mon rêve.

Quel était votre rêve ?

Mon rêve était de faire quelque chose qui n’aurait rien à voir avec le boulot. Aux États-Unis, quand vous rencontrez des gens, ils vous demandent tout de suite quel est votre boulot. J’aurais voulu faire quelque chose qui ne réponde pas à cette question. 

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