Eminem: pourquoi Revival est une déception

Bourré de clichés et de featurings opportunistes, le neuvième album du rappeur de Détroit qui sort ce vendredi souffre d'un manque cruel d'audace artistique. 

eminem - briankelly

Version copiée/collée de Stan, son single Walk On Water avec Beyoncé n’annonçait rien de novateur pour ce neuvième album (quatre ans après The Marshall Mathers LP2). Et l’écoute de Revival confirme hélas nos craintes. À quarante-cinq ans, le rappeur de Detroit essaie de faire plaisir à tout le monde (aux fans de la première heure, aux ados qui écoutent Ed Sheeran, aux architectes sonores des cabines d’essayage de Zara). Et si ça peut se révéler intéressant pour le tiroir-caisse, artistiquement le résultat est décevant. C’est triste, mais Eminem nous fait penser ici à une poule qui court sans tête pour (presque) rien du tout.

Entre un single pop introduit par la guitare acoustique d’Ed Sheeran (River) et une grosse daube formatée avec Pink (Need Me), on sauvera le featuring d’Alicia Keys sur l’hymne anti-Trump Like Home, Tragic Endings avec le rappeur new-yorkais Phresher ou Bad Husbands en compagnie de X Ambassadors. Mais ce n’est pas tout. Faute de beatmakers talentueux, Eminem s’est rabattu sur une compilation “Classic Rock” bon marché. Le pénible In Your Head s’appuie ainsi sur le sample un peu facile de Zombie (la scie des Cranberries) alors que Reminde Me est  entièrement basé sur le I Love Rock and Roll popularisé par Joan Jett. Quant à Heat et ses grosses guitares metal, il essaie de nous refaire le coup des Beastie Boys période Fight For Your Right (To The Party). On adorait le Eminem indiscipliné, provoc et fouineur. Ce ne sont pas quelques “fuck”, une déclaration de haine à Trump et une diatribe sur les violences policières aux États-Unis (Untouchable) qui sauvent ce disque du naufrage.

EMINEM, Revival, Universal

Eminem - Revival ©Prod

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