Patti Smith, le retour des souvenirs

Gallimard publie une édition augmentée de Just Kids de Patti Smith, témoignage intime d’une jeunesse bohème par celle qui reste la grande cartomancienne du rock américain. Magnifique. 

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Just Kids dans sa nouvelle édition, illustrée de 60 documents personnels inédits. © Gallimard

Couverture cartonnée, grand format, lay-out exemplaire, beau papier, photos pleines pages, la nouvelle édition de Just Kids, le livre de souvenirs de Patti Smith (paru pour la première fois en 2010 et en poche en 2012) est aussi un bel objet qui aura de la gueule sous le sapin. Portrait d’une jeunesse bohème que la chanteuse a vécue auprès de Robert Mapplethorpe, le livre retrace la magnifique randonnée de deux êtres qui, guidés l’un vers l’autre par la bonne volonté des astres, se retrouvent face-à-face, conscients de la magie de leur rencontre, ignorants du poids qu’ils vont peser – elle, au panthéon du rock, lui dans l’histoire de la photographie. 

Nous sommes en 1967, Patti Smith débarque à New York. Elle a 20 ans, elle vient de mettre au monde un enfant fait par accident et abandonné à une famille d’accueil. Son voyage commence avec la chance à ses côtés. Elle achète un ticket de bus grâce aux 39 dollars qu’elle trouve par hasard dans un sac à main oublié dans une cabine téléphonique. Un butin qui lui montre le chemin, mais qui ne suffira pas à la nourrir et la loger. Vagabonde en mégalopole, vendeuse dans un magasin de colifichets exotiques, elle y rencontre Robert Mapplethorpe qui lui achète un collier, sorte de talisman que les deux s’échangeront et se prêteront tout le long de leur vie. Comme elle, Robert veut être artiste. Ensemble, ils passent des nuits à dessiner – même si ni l’un ni l’autre ne fera du dessin sa discipline de prédilection. 

Un soir, ils vont au concert des Doors. En regardant Jim Morrison sur scène, Patti est traversée par une évidence: elle est capable de faire la même chose. Elle a raison. Mais il faudra encore attendre quelques années avant de la voir lire ses poèmes en public, entrer en studio pour enregistrer «Horses», disque agitateur et novateur paru en 1975. En pleine ascension dans le monde de l’art, Robert Mapplethorpe en signera la photo de pochette – image culte dont l’aura déclenchera des vocations. Just Kids s’ouvre en 1989 sur la mort de Mapplethorpe, malade du sida, mais c’est pourtant un chant à la vie, à l’énergie de la jeunesse et à la toute puissance de la créativité que Patti Smith y délivre à travers une écriture d’une immense tendresse, entre élégie et journal intime. Faites un truc moderne: lisez un livre. 

Just Kids, Gallimard, 352 p, 84 illustrations, 33 euros.

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