Beauvois, gardien du temple avec Les Gardiennes

Nathalie Baye et Laura Smet dans une fresque ambitieuse sur l’émancipation féminine pendant la Grande Guerre. 

les Gardiennes Beauvois

« Autour de moi aux postes clés, il n’y a que des femmes, j’ai un sacré réseau de gonzesses » plaisante le cinéaste Xavier Beauvois (Des Hommes et des Dieux, La Rançon de la gloire), énumérant à la file la productrice Sylvia Pialat qui lui a suggéré l’idée d’adapter le livre d’Ernest Pérochon paru en 1924, la monteuse Marie-Julie Maille, également épouse du cinéaste et co-scénariste du film (auquel elle prête aussi ses traits pour le personnage bienveillant de la Monette), ou la chef opératrice Caroline Champetier (qui a éclairé la plupart des films de Beauvois). « 99% des problèmes dans le monde viennent des hommes, c’est quand même pas mal que les femmes viennent contrebalancer cela. Même si sur les réseaux sociaux les discours féministes sont parfois extrêmes, on n’a même plus le droit de dire que Romy Schneider est belle » tempère Beauvois, ajoutant au passage que « lorsque les femmes débarquent dans des milieux auxquels elles n’avaient pas accès, les avancées sont immédiates. Dans la police (Beauvois filmait déjà Nathalie Baye flic dans Le Petit Lieutenant, ndlr), elles obtiennent des aveux plus facilement, il y a une ressource de patience que les hommes n’ont pas. »

Les Gardiennes raconte ce versant de la Grande Guerre qui voit les femmes restées à l’arrière reprendre les tâches décisionnelles traditionnellement dévolues aux hommes, notamment dans les campagnes. On y suit le destin de deux femmes (Nathalie Baye en matriarche sévère d’une riche ferme limousine et Laura Smet, dans le rôle de sa fille Solange), bouleversé par l’arrivée d’une troisième, Francine (la révélation Iris Bry), une fille de ferme venue les aider pour la moisson. Sur une musique de Michel Legrand (en écho aux Parapluies de Cherbourg qui parlait de la guerre d’Algérie), le film se déroule entre amours impossibles, jalousies féminines et rapports de classe embourbés, et se regarde comme une ambitieuse fresque féminine qui manque parfois d’incarnation, malgré les admirables reconstitutions d’une ruralité disparue. James Ivory avait filmé avec une complexité plus profonde les mouvances féminines progressistes de la société edwardienne dans Retour à Howards End. Seule Francine, traversant telle Coco Chanel les déceptions liées à sa condition sociale et à son genre pour se muer en femme moderne dans les cafés-concerts, viendra révéler in fine un troublant et attachant destin de femme.

Les Gardiennes. Réalisé par Xavier Beauvois. Avec Nathalie Baye, Iris Bry, Laura Smet – 134’

 

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