Magritte, Broodthaers et l’art contemporain: l’héritage du maître

L’expo Magritte, Broodthaers & l’art contemporain met en évidence l’héritage du maître du surréalisme, artiste du patrimoine dont on n’a pas fini de faire le tour.

Les valeurs personnelles - Magritte ©Luna Imaging

René Magritte a vécu une véritable complicité artistique avec Marcel Broodthaers, le poète-plasticien belge de 26 ans son cadet, célèbre notamment pour ses casseroles de moules. Entre les deux artistes, on peut même parler de filiation. Symbolisée d’ailleurs par le don d’un chapeau melon que Magritte fit en 1966 à un Broodthaers reconnu sur la scène internationale depuis qu’aux mots, il avait décidé de privilégier les objets pour s’exprimer. Le visible plutôt que le lisible. Quoi qu’il en soit, Marie Gilissen, sa dernière épouse, s’était empressée de fixer sur la pellicule cette passation du melon, si emblématique de Magritte. Un cliché fort amusant que l’on peut découvrir dès l’entrée de l’expo bruxelloise. D’après Broodthaers, ce serait La trahison des images de Magritte, œuvre souvent mieux connue sous le nom de Ceci n’est pas une pipe, qui l’aurait finalement décidé à “tenter l’aventure” des arts plastiques.

Bonne nouvelle, cette iconique peinture-mot est de retour pour la première fois en Belgique depuis plus de 45 ans. Datant de 1929, mais découverte par le monde de l’art lors d’une exposition new-yorkaise en 1954, cette œuvre inspirera notamment l’artiste conceptuel Joseph Kosuth dont les Radiators sont exposés ici. Plus proche de nous, Keith Haring fusionnera lui aussi la célèbre pipe magritienne avec son dynamique Radiant baby à quatre pattes abondamment multiplié en graffitis et pictogrammes. 

Un portrait intimiste de l’artiste ?

Dans cette foisonnante exposition hommage à René Magritte et dialoguant avec celui-ci, on rencontre encore des artistes aussi prestigieux qu’Andy Warhol, Jasper Johns, Rauschenberg, César, David Altmejd, Ed Ruscha et d’autres. On y découvre aussi des photos, des films de Magritte et, issues d’une trentaine de collections privées et de musées éloignés, des œuvres rarement ou jamais vues. Particulièrement signifiant, Les valeurs personnelles, un célèbre tableau venu de San Francisco. Les objets du quotidien – peigne, allumette, verre, savon – y apparaissent dans une dimension gigantesque par rapport à celles de la chambre. Esquisseraient-ils par procuration un portrait intimiste de l’artiste lui-même?

Très populaire aux États-Unis, cette peinture a souvent été citée comme ayant inspiré les objets hypertrophiés d’un Claes Oldenburg, représentant du Pop Art, mouvement dans lequel Magritte, qui était viscéralement réfractaire aux modes et aux cénacles, ne se reconnaissait pourtant pas toujours. Interpellant également, La Reproduction interdite, venu de Rotterdam. En peignant de dos un homme se regardant dans le miroir mais ne s’y reflétant pas comme il pourrait “normalement” l’espérer, Magritte frustre sans doute les attentes narcissiques du modèle ainsi privé de visage. Trahison des images, trahison des miroirs… “Ma peinture consiste en des images inconnues de ce qui est connu” disait René Magritte. D’où sa dimension poétique ?

Magritte, Broodthaers & l’art contemporain. Jusqu’au 18/2/18. Musées royaux des Beaux-Arts, Bruxelles. www.fine-arts-museum.be

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