David LaChapelle, photographe shooté

Déferlante pop et fluo à Mons qui accueille à partir du 28 octobre ce grand faiseur d’images et sa vision de la beauté. Au programme, provocation acide, célébrités offertes, sainteté détournée et Jésus en boss d’un gang hip-hop.

Last Supper - 2003. La dernière Cène version hip-hop par David LaChapelle ©David laChapelle

Après la très belle rétrospective consacrée à Andy Warhol il y a quatre ans et un très bon score de billetterie (85.000 visiteurs), le BAM accueille un élève du maître pop, le photographe David LaChapelle. Inventeur d’un style criard et tapageur – certains n’hésitent pas à le qualifier de vulgaire -, LaChapelle n’a qu’une passion: refléter la dimension hystérique de la société du spectacle électrisée par la notion de célébrité. Stars, chanteurs, acteurs, actrices et mannequins sont tous passés devant son objectif, LaChapelle reprenant le fichier clients de Warhol, portraitiste officiel de l’aristocratie people. De Britney Spears à Mariah Carey, de David Bowie à Leonardo DiCaprio, et de Björk à Dolly Parton, la galerie des célébrités mises en scène par LaChapelle est immense. Elle déploie toutes les nuances du fluo et de l’acide pour construire une œuvre vibrante qui place au centre de l’attention le corps profane de ces dieux et déesses – totems vivants jetés au centre de paysages et de décors dont l’architecture balance entre surréalisme et cartoon.  

Qu’est-ce qu’une image ?

Gamin du Connecticut traînant à New York, il publie ses premières images à la fin des années 80 dans Interview, magazine people lancé par Warhol, se forge un trait – provocateur et sexy – et offre ses services à qui veut bien s’en servir. À la fin des années 90, LaChapelle est désormais synonyme de glamour, sa touche envahit la publicité, la mode, la presse. Un glamour dont il interroge le système – Qu’est-ce qu’un corps? Qu’est-ce qu’une image? Qu’est-ce qu’une plastique? – et traque la moindre traduction dans une société américaine obsédée par la beauté physique… et la chirurgie esthétique! L’une de ses œuvres les plus saisissantes, le documentaire Rize, s’approche au plus près du corps de la rue en filmant – et c’est d’une formidable énergie – les danseurs de krump dans les communautés afro-américaines de Los Angeles. À force de photographier des stars dans ce halo de sainteté stridente qui fait sa griffe, LaChapelle – son nom aidant – devait bien finir par se pencher sur les religions et ses représentations. L’expo du BAM consacre une large part à ce travail sur les images pieuses, certaines pouvant d’ailleurs – comment dire? – choquer. Car lorsque David LaChapelle met en scène sa vision du jardin d’Éden et de ses premiers habitants, Adam gît aux pieds d’Ève dotée d’une magnifique poitrine, mais aussi d’un impressionnant pénis qui, pour la majeure partie du public, devrait se trouver à la mauvaise place sur la mauvaise personne.  

David LaChapelle – After the Deluge, à partir du 28 octobre et jusqu’au 25 février 2018. BAM, rue Neuve 8, 7000 Mons. Plus d’infos ici: www.bam.mons.be.

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