La « dictature » de l’anglais

Le modèle bilingue est mis sous pression par l’anglais, l’arabe, l’espagnol et même le mandarin. 

Et si l’anglais était devenu notre vraie langue “nationale”? ©Kanar

Le bilinguisme national s’érode et ce n’est pas tellement étonnant”, grimace Victor Ginsburgh, professeur émérite à l’ULB. “Au plan socioculturel, on ne présente jamais les Flamands sous un jour valeureux. Leur langue est jugée inutile, car peu parlée ailleurs. C’est là l’image déplorable qu’ont la plupart des élèves francophones”, explique ce spécialiste.

Le professeur Alex Vanneste, de l’Université d’Anvers, constate le même phénomène en Flandre, où il voit les connaissances du français reculer depuis trente ans face à la “dictature” de l’anglais. “Pour asseoir leur attractivité internationale, la plupart des universités flamandes ont choisi de donner plus de cours en anglais. Résultat: la jeune génération de Flamands ne parle presque plus le français. La seconde langue en Flandre, c’est l’anglais.” 

Les langues suivent le commerce

Passé le Zwin, aux Pays-Bas, on constate la même évolution: “Les Hollandais ont toujours été plus polyglottes que les Belges. Mais l’usage de l’anglais y prend désormais des proportions encore plus importantes que chez nous”, observe Victor Ginsburgh. “Septante-sept pourcents des Hollandais parlent l’anglais, 57% parlent l’allemand et 19% parlent le français. À ce rythme, il n’est donc pas impossible que le néerlandais disparaisse dans les trente prochaines années… À la seule différence que les Hollandais s’en fichent: ils sont moins nationalistes linguistiques que les Flamands.”

Mais l’anglais n’a pas plus de vertus économiques qu’une autre langue, tempère Victor Ginsburgh. “Comme pour le latin, le supposé universalisme de l’anglais ne va pas durer. Malgré son omniprésence sur les écrans, il disparaît déjà aux États-Unis, au profit de l’espagnol. Nous avons réalisé plusieurs simulations. Et le constat est sans appel: les langues suivent toujours le commerce. Si l’Europe échange davantage de biens avec les pays arabes, la Chine et l’Amérique du Sud, demain, nous ne parlerons plus anglais mais espagnol, arabe et mandarin.”

Découvrez la totalité de notre dossier de la semaine en librairie à partir de ce mercredi ou sur notre édition numérique, sur iPad/iPhone et Android.

Sur le même sujet
Plus d'actualité