Congo belge: le dernier tabou

Nous n’en avons pas fini avec l’époque coloniale. Les esprits s’échauffent, les mémoires s’affrontent et les vieux mythes vacillent. Et pendant ce temps-là, notre période noire fait encore des victimes. 

Certaines associations de colons justifient encore l'emploi de "boys". Les Blancs étaient accaparés par leurs obligations professionnelles... ©Belga Image

Dans Congo, une histoire, formidable succès de librairie en 2012, l’écrivain belge David Van Reybrouck décrit l’arrivée du voyageur arrivant dans notre ancienne colonie par voie de mer. Plusieurs jours avant qu’il n’y accoste, l’océan se teinte progressivement de nuances terrestres, jusqu’à devenir opaque, terni par le flot brunâtre des alluvions vomies par un fleuve formidable, à mille kilomètres de là. Bien au-delà de ses frontières, qui ne sont même pas encore officiellement entérinées en cette année 1885, le Congo déborde littéralement dans la mer. Une masse noire, infinie, grouillante et terrifiante.

Pour les contingents de baroudeurs qui y pataugeront, envoyés par Léopold II comme premiers agents de “son” État indépendant (EIC), l’Afrique est, comme le dira l’un d’eux, un “continent d’épouvante”. Les maladies qui y pullulent en décimeront un sur trois. Quant aux créatures qui le peuplent… Les petits écoliers restés au pays, qui ne peuvent encore que rêver à de telles aventures, frémissent à la lecture du Grand dictionnaire universel du XIXe siècle de Pierre Larousse. À l’article “Nègre”, ils découvrent qu’“échauffé, il se dégage de sa peau une exsudation huileuse et noirâtre qui tache le linge et répand une odeur désagréable”. Des lois sont édictées, censées les protéger. Mais pas l’esprit de l’époque. Les théories raciales ne les considèrent pas tout à fait comme des hommes. Pour les inciter à travailler, ou parce qu’ils n’y consentent pas, la logique économique justifie donc des traitements inhumains.

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