Blade Runner 2049: réussir l’impossible

N’y allons pas par quatre chemins: il l’a fait ! Entre les doutes et les craintes. Entre l’attente et l’appréhension. Denis Villeneuve a réussi le pari fou de réaliser une suite à Blade Runner, film de science-fiction cultissime, vénéré par des millions de fans.

Blade Runner 2049 ©BelgaImage

Il faut dire qu’après un parcours sans faute (Sicario, Prisonners, Arrival), le québécois jouait gros. Villeneuve le savait, chaque élément allait être scruté dans les moindres détails. Pouvait-on faire mieux que l’ambiance folle du film de Ridley Scott ? Ryan Gosling pouvait-il crédiblement succéder à Harrison Ford ? Le scénario tiendrait-il toutes ses promesses ? Et comment oublier la bande originale de Vangelis ? Bref, un véritable casse-tête qui, dans un Hollywood en manque d’inspiration, en aurait lessivé plus d’un.

Blade Runner 2049, sans jamais atteindre la virtuosité de son aîné (voilà, comme ça c’est dit), répond à chacune de ces questions de manière franche et délicate à la fois. Villeneuve sait pertinemment bien qu’il est inutile de rivaliser. On n’efface pas 35 ans d’aura d’une simple suite, aussi réussie soit-elle. Non, l’idée est plutôt de prolonger l’univers adapté du roman de Philip K. Dick. De l’étendre, sans oublier les fondamentaux. Dans 2049, l’humain reste au centre de toutes les discussions. Quand Scott questionnait les caractéristiques qui font de l’homme ce qu’il est, Villeneuve se demande jusqu’où tout cela peut-il aller. Faut-il une âme et des souvenirs pour se sentir humain ? Voilà une question qui ne cessera de revenir dans la bouche de “K”, le flic ténébreux (trop ?) interprété par Gosling, et des nombreux personnages (pour la plupart, réussis) qui croiseront son chemin. Alors c’est vrai, l’histoire peut certes sembler facile par moment, empruntant quelques ressorts aux soap operas de l’après-midi. Mais perdue au milieu de ces 2h45 visuellement renversantes, elle passe bien malgré elle au second plan, ce qui nous évite d’y déceler plus facilement les failles.

Cela n’empêche pas Villeneuve (qui a expressément demandé aux journalistes présents dans la salle de formuler leur avis sans trop dévoiler l’histoire) de donner tout ce qu’il a. Son talent de metteur en scène, couplé à la BO de Hans Zimmer et à la photo de ce génie de Roger Deakins (Sicario, Skyfall, True Grit, L’assassinat de Jesse James, c’est lui) produit les scènes les plus marquantes de l’année. Chaque plan, chaque décor, chaque recoin de ce Los Angeles dévasté est sublimé, prêt à être encadré comme une oeuvre d’art à part entière. Il y aura des déçus, c’est inévitable et même compréhensible face à une oeuvre aussi monumentale que Blade Runner. Mais cette suite n’a rien de honteux, bien au contraire. C’est le fruit d’un travail minutieux, parfois maladroit il est vrai, mais qui ne dénature jamais l’original et respecte les spectateurs. Alors si on ajoute des qualités visuelles indéniables, on ne peut qu’admettre que le pari est réussi. C’est tellement rare de nos jours…

Blade Runner 2049. Réalisé par Denis Villeneuve avec Harrison Ford, Ryan Gosling, Ana de Armas.165’.

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