Les Rolling Stones toujours aussi bluffants

La tournée européenne No Filter faisait escale ce samedi au stade de l’Ajax Amsterdam. Moustique y était et a adoré. Les Stones devraient jouer en Belgique l’été 2018

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Près de deux heures trente de rock et de blues pur jus. Des musiciens qui n’arrêtent pas de se réinventer et de s’éclater sur des morceaux qu’ils jouent depuis six décennies. Un Mick Jagger impérial vocalement et physiquement. Des guitares particulièrement mixées en avant et point d’esbroufe dans le décor… Voilà la version 2017 des Rolling Stones en live telle qu’elle nous a été offerte ce samedi 30 septembre à l’Arena d’Amsterdam. Et elle est particulièrement impressionnante.

Lancée le 9 septembre dernier à Hambourg,  la mini-tournée (13 dates) européenne du groupe se refermera par trois concerts à Paris (19, 22 et 25 octobre) dans le nouveau stade U Arena de Nanterre, à quelques riffs de guitare de Paris. Ces trois shows, comme tous les autres de ce périple, sont bien sûr archi-complets. Mais bonne nouvelle pour les fans : les Rolling Stones remettent ça l’été prochain! L’Angleterre, grande oubliée de ce premier volet, ainsi que la petite Belgique, seront au programme. Les dates devraient tomber  d’ici la fin de l’année. On vous tient au jus et ce n’est pas une simple rumeur de comptoir…

Vous vous en doutez, Moustique n’a pas pu attendre l’été prochain. Ce samedi, nous étions dans la cuvette au look futuriste de l’Arena d’Amsterdam. A l’heure où nos hommes politiques se disputent toujours sur un arrêt de tram ou un sentier pédestre dans le dossier d’un hypothétique nouveau stade national, nos amis hollandais ont tout pigé. Un stade à toit amovible  qui peut accueillir plus de 50.000 personnes pour des manifestations sportives ou culturelles en dehors de la ville là où ça ne dérange personne. Un parking géant sous-terrain dont on s’extrait en quelques minutes après l’événement,  une gare à moins de cent mètres qui vous renvoie en dix minutes dans le centre d’Amsterdam, des restos, des bars et un service d’ordre qui fait le job en souriant.  Trop logique sans doute pour être transposé chez nous. Mais bon, place aux Stones maintenant et à ce qu’il faut en retenir.

La setlist

Pour cette No Filter Tour, comme ce fut le cas lors des dernières tournées, la setlist des Stones n’évolue guère d’un concert à l’autre. Un morceau est choisi par le public lors d’un vote préalable sur le site officiel du groupe. Samedi, les spectateurs ont ainsi plébiscité Shine A Light, extrait de l’album Exile On Main Street qui fournit encore deux autres titres au programme (Tumbling Dice, Happy).  L’ordre des chansons est particulièrement judicieux car il met en place une nouvelle dynamique paticulièrement cohérente (à l’exception peut-être de Miss You dans une version funk un peu hors-propos).  Longtemps, Start Me Up figurait en début de show alors que l’envoûtant Sympathy For The Devil était gardé pour la fin.  En inversant ces codes, le groupe impose d’emblée un climax et plus rien ne pourra l’arrêter.

Blues et rock

Constitué exclusivement de reprises de standards blues pour la plupart obscurs, le dernier  « nouvel »  album des Stones Blue & Lonesome a été un énorme succès et galvanise toujours ses interprètes. Non seulement les Stones en délivrent deux pépites (Just Your Fool avec un solo d’harmonica géant de Mick et Ride ‘Em Down) mais cet exercice leur a donné envie de se faire plaisir à réinventer leurs  propres compsositions  bluesy. Etirée sur une bonne douzaine de minutes, leur version de Midnight Rambler jouée ce samedi à Amsterdam est la plus belle que nous ayons entendue en live. Et ça fait longtemps qu’on suit les Stones. Mention spéciale aussi à Gimme Shelter sur lequel les écrans diffusent des archives rappelant que le combat pour la défense des droits civiques est loin d’être terminé.

La musicalité

Elle est au top. Ce No Filter Tour n’est pas une grosse production.  Hormis quatre écrans géants, c’est la musique et l’attitude des membres du groupe qui sont mises en avant. Et c’est tant mieux. Dès la première note jouée par Keith Richards sur Sympathy  For The Devil, on comprend que les guitares seront à l’honneur. Souriant mais toujours marqué par son opération du printemps dernier (sale merde de cancer du poumon), Ron Wood prend moins de solos que d’habitude. Son frère d’armes Keith, lui, pète la forme et multiplie les prouesses. C’est un plaisir de le voir tout fier quand il s’agit de chanter « ses » deux morceaux (Happy très sobre, Slipping Away sur lequel il minaude). C’est encore un plaisir de l’entendre oser de nouveaux accords sur Sympathy  ou Tumbling Dice.  Et c’est carrément jouissif de partager son enthousiasme de gamin quand il exécute les riffs incendiaires de Brown Sugar, Street Fighting Man, Jumpin Jack Flash ou encore Start Me Up. C’est vrai, elle est peut-être là la différence avec tous les autres groupes. Radiohead n’aime pas jouer Creep. Keith aime toujours jouer (I Can’t Get No) Satisfaction et il ne s’en prive pas. Il respecte le public comme il respecte ses créations et ne les sert jamais sans s’y impliquer artistiquement. Et puis, maximum respect aussi pour le taulier Charlie Watts, très classe avec son pantalon en tweed, sa chemise verte et ses chaussettes de couleur rouge. Nourri de jazz, il sait tenir la mesure, imposer le tempo, relancer le groove et toucher la quintessence même de cette fameuse blue note.

Mick Jagger

A septante-quatre ans (désolé de le rappeler), ce mec est incroyable. Point.  Sa voix est au top, qu’il chante le blues,  défie le diable ou courtise les Honky Tonk Women. Il danse, gesticule, va chercher le public et signe, encore une fois avec Midnight Rambler, une performance de ouf. A la sortie de Blue & Lonesome en décembre dernier, Keith confiait dans le Moustique combien il avait été épaté de la qualité des sessions vocales de Mick. Ce projet blues enregistré en quelques jours « comme au bon vieux temps » l’a effectivement transcendé. Tout comme le reste du groupe. Les Stones en 2017, ce ne sont pas des pierres qui roulent. Ce sont des rocs.
 

La setlist

Sympathy for the Devil.
It’s Only Rock ‘n’ Roll (But I Like It)
Tumbling Dice
Just Your Fool
(Buddy Johnson and His Orchestra cover)
Ride ‘Em on Down
(Jimmy Reed cover)
You Got Me Rocking
Shine a Light
You Can’t Always Get What You Want
Paint It Black
Honky Tonk Women
Happy
Slipping Away
Miss You
Midnight Rambler
Street Fighting Man
Start Me Up
Brown Sugar
Jumpin’ Jack Flash
Gimme Shelter
 (I Can’t Get No) Satisfaction

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