Bernard Lavilliers: « Faut pas nous prendre pour des caves »

Pour marquer ses 50 ans de carrière et annoncer son nouvel album, les radios francophones lui ont consacré un feuilleton documentaire, comme à Alain Bashung, Françoise Hardy ou Barbara. Le Stéphanois est un monument, mais “un monument en mouvement”.

Après 50 ans de carrière, Bernard Lavilliers reste un monument. © Prod.

Le 7 octobre prochain, Bernard Lavilliers aura 71 ans. Ça ne l’inquiète pas. Il soigne tranquillement son rhume au pain et à l’huile d’olive, aux huîtres et au champagne. Il ricane des acouphènes qui le torturent depuis 13 ans (“Toute la profession est à moitié sourde. À 120 décibels les soirs de concert, sans protection, on devrait être morts.”). Sa femme et son manager l’accompagnent. Dan Romeo, son pote carolo, va nous rejoindre. Ici à Bruxelles où il a tant enregistré, il est chez lui, décontracté, flatté aussi. “Les Belges savent que je suis un auteur exigeant. Mon obsession est de faire mieux que mes anciennes chansons. Je me hais quand je n’y parviens pas. C’est que je n’ai pas assez travaillé.” Si une chose a changé chez lui, c’est bien ce désir d’être moins perçu comme un aventurier que comme un artiste à la fois constant et imprévisible. Désormais, il préfère ses chansons intimes écrites au Brésil et vénère par-dessus tout l’instrument le plus mystérieux: la voix. “Entendre Cesária Évora me perçait le cœur. Ma plus grande fierté, c’est Elle chante, la chanson écrite pour elle.

Son nouvel album studio, le premier depuis quatre ans, bénéficie d’arrangements délicats grâce à une batterie de producteurs (Benjamin Biolay, Romain Humeau de Eiffel, Clément Doumic de Feu! Chatterton, Florent Marchet et surtout l’habituel Fred Pallem). Sa voix, maîtrisée comme jamais, est tout bonnement irrésistible. “5 minutes au paradis” frappe par ses mélodies nostalgiques: Paris la grise, Montparnasse-Buenos Aires, Muse et puis L’Espoir (“Je l’ai mise au final pour me faire pardonner de ce qui précède [rire] ”.) Mais bien sûr, on va surtout parler de ses chansons liées aux actualités les plus dures. Le Bataclan (Vendredi 13), le grand capital (Fer et défaire), les licenciements (Bon pour la casse) ou le caressant mais trompeur Croisières méditerranéennes et ses migrants (“Je déteste ce mot qui sonne comme la moitié de quelque chose. Ces gens fuient la guerre et la faim. Ce sont des réfugiés.”).

“5 minutes au paradis” est un album raffiné musicalement, mais aux textes éprouvants… 

BERNARD LAVILLIERS – Je travaille sur l’actualité, mais avec mes métaphores. L’enjeu est d’écrire Vendredi 13 sans être tragique ou pesant. Il faut aussi laisser parler la musique. La description détaillée d’un massacre ne m’intéresse pas. L’album n’est peut-être pas cynique, mais il n’est pas romantique. Il est sans rêves ni femmes. C’est dur, à la mode James Ellroy, un auteur de polars (Le Dahlia noir, L.A. Confidential) que j’aime parce qu’il est très renseigné, lui aussi. J’ai mes “lanceurs d’alertes”, des amis journalistes, des sources parallèles. Et je recoupe car les fake news et les théories du complot sont devenues un sport mondial. Daech, c’est d’abord une guerre économique entre la Chine, la Russie, les États-Unis. Mais l’économique est déguisé en nationalisme, comme ça les gens sont contents de partir faire la der des ders, avec une barbe ou pas. 

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