Alex Vizorek: « L’angoisse de l’échec est une adrénaline absolue »

Cette semaine, Alex Vizorek s'est installé dans le Moustique pour une interview complice menée par Pierre Scheurette. Voici sept questions bonus pour connaître encore mieux le comédien, humoriste et animateur belge. 

Alex Vizorek et Pierre Scheurette. ©Elodie Deceuninck

Chroniqueur à Salut Les Terriens, c’est une place très exposée en France. Comment gères-tu ton nouveau statut ?

En n’ayant pas du tout le syndrome de l’imposteur. Si on me dit: “Alex, je t’ai inscrit au 100m du Mémorial Van Damme, parce que je sens que tu peux faire quelque chose contre Usain Bolt“, j’y vais en faisant de mon mieux, et si je perds – ce qui est probable, l’échec ne sera pas de ma responsabilité. Si des producteurs aussi sérieux me mettent à l’antenne, c’est que j’y suis à ma place. Si on m’engage, c’est parce que je suis un bon soldat.

Tu as un principe: “Je ne refuse aucune proposition, et je m’arrange après pour l’honorer“. Quelle est l’intention ?

Mon problème, c’est que je ne sais pas choisir. Si tu me donnes un terrain de jeu, j’y vais. J’espère écrire un jour un prochain spectacle, des BD, des pièces de théâtre, un film, peut-être des chansons… J’ai tellement eu peur quand je suis sorti des cours Florent qu’on ne me demande jamais de rien faire! C’était le vertige. Quand je suis sorti de Florent, la place de Guillon, elle existait déjà! Je ne pensais pas une seule seconde que 8-9 ans plus tard, j’y serais.

Résultat: tu surcharges ton agenda. Tu te lèves souvent très tôt, tu vas te coucher tard, tu écris parfois 3 ou 4 chroniques sur une même journée. Tu n’as jamais eu peur un jour, par fatigue ou suite à un imprévu, d’aller au crash ?

L’angoisse de l’échec est une adrénaline absolue. Je peux ne pas dormir si je pense que ça va être mauvais. Bien sûr, parfois, c’est un cran en dessous. Mais tant que la fatigue et l’accumulation des choses n’entravent pas de façon structurelle mon travail… Si maintenant, on finit par me dire: “Vizo, ça fait un mois et demi que t’as plus torché un bon texte“, je devrai remettre en question mon énergie et mon envie. Reste l’imprévu: c’est arrivé la saison passée. Vingt minutes avant ma chronique dans la matinale, l’ordinateur de mon bureau à Radio France a planté! Je n’avais pas sauvegardé… Heureusement, j’ai pu, en raccrochant des bouts, refaire de mémoire un truc qui a fait illusion mais qui n’était pas très bon. Cela étant, on ne fait pas une opération à cœur ouvert: si je me loupe, c’est triste, ce n’est pas professionnel… mais ça arrive.

Avec ta volonté d’améliorer ta productivité et de conquérir de nouveaux marchés, ta démarche peut sembler presque entrepreneuriale.

Oui mais je n’aimerais pas qu’on dise que je suis un “businessman“, parce que ma finalité n’est pas de faire du pognon. En revanche, la gestion méthodique du travail, ça, j’y tiens, oui! Magritte, il se levait tôt le matin et il peignait pendant x heures par jour, comme un ouvrier. On est loin de l’image de l’artiste en train de se demander comment changer le monde, avec de l’absinthe et un joint. Après, j’ai des deadlines qui ne sont pas celles d’un peintre. Moi à 8h55 le mardi, mon papier doit être écrit!

As-tu des regrets d’avoir arrêté le Café serré ?

Non… sauf quand je vois l’actualité! Je me dis: “Putain, j’aurais adoré traiter ce sujet“. J’avoue que les casseroles de mon ami Destexhe – qui à l’époque m’avait reproché d’être un “Dieudonné gauchiste bobo-ixellois“, je suis content qu’elles sortent. J’aurais bien aimé enfoncer le clou! (Il rit). Mais je devais faire un choix. C’est comme passer de belles années au RWDM, où tu as peut-être marqué tes plus beaux buts et où tu t’es le plus amusé, et qu’on te propose de jouer au Real Madrid, dans de grands stades remplis, avec des meilleurs joueurs autour de toi…

Qu’as-tu malgré tout encore à améliorer ?

Je sens bien que je n’ai pas encore une “assise“, cette certitude qu’ont les gens qui ont 20 ans de métier, d’être le patron sur le plateau. Cela dit, le doute donne un certain charme. Je devrais aussi davantage me faire confiance sur certaines folies, les assumer.

Quels sont tes futurs projets ?

Mon ordinateur est rempli de dossiers ouverts avec des titres, des pitchs de cinéma, de pièce de théâtre, même des idées de tableaux de peinture ou de photos… J’ai arrêté de proposer des choses parce que je trouve ça très compliqué et ingrat… En revanche, ce sont maintenant les gens qui viennent me proposer des projets avec un budget. Quand on vient de me demander de prêter ma voix à Pierre et Le Loup, j’adore!  Si c’est moi qui avais dû démarcher des orchestres, j’aurais perdu beaucoup de temps et d’énergie, et ça ne se serait sans doute jamais fait. Ce nouveau rapport de force est un vrai luxe.

Pour voir l’interview parue dans Moustique cette semaine, rendez-vous en librairie à partir de ce mercredi ou dès maintenant sur notre édition numérique, sur iPad/iPhone et Android.

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