Orthographe: le masculin ne l’emporte plus

Si notre orthographe est si complexe, c’est parce que ceux qui l’ont figée y voyaient un moyen de se distinguer des ignorants et… des simples femmes. 

Le jour où le masculin l'emportera sur le féminin. ©Kanar

L’écriture dite inclusive – qui adopte une grammaire et une typographie rendant les femmes plus visibles dans notre langue – soulève des haut-le-cœur chez ses détracteurs. Souiller la langue avec ce genre d’inepties ne sauvera pas les femmes du harcèlement ou de l’excision… Ce qui  n’empêche pas ce “putsch féministe” de revenir de manière récurrente. En 2011, trois associations publiaient une pétition intitulée “Que les hommes et les femmes soient belles!”. Il s’agit de revenir à l’ancienne règle de proximité, du 17e siècle, où l’on accorde le genre de l’adjectif avec celui du plus proche des noms qu’il qualifie, et le verbe avec le plus proche de ses sujets. Cela donne: “les filles et les garçons sont gentils”, mais “les garçons et les filles sont merveilleuses”. On pourra rétorquer que le masculin n’est jamais que la forme neutre du français qui n’en possède pas en soi. Sauf que cette règle de considérer le masculin comme l’emportant sur le féminin est un choix. Mézeray, membre de l’Académie française, l’atteste en 1673, quand il préconise de suivre “l’ancienne orthographe qui distingue les gens de lettres d’avec les ignorants et les simples femmes”. 

Des formules égalitaires

L’écriture égalitaire commence à se diffuser. À la marge. L’idée est d’utiliser le point milieu (ou médian, on l’obtient en tapant Alt+250 sur son PC) pour inclure les deux sexes. Cela donne: “elles·ils sont nombreux·ses”. On accordera les noms de métiers, titres, grades et fonctions selon le sexe: “recteur/rectrice”; “docteur/ docteure ou doctoresse”; “Madame la bourgmestre”. On optera de préférence pour les mots qui ne précisent pas le sexe: les “droits humains” plutôt que “les droits de l’homme”. Ces règles n’ont pas pour vocation d’être appliquées à la lettre dans tous les textes, mais d’être introduites progressivement dans nos habitudes. Les politiques sont de plus en plus nombreux à user des formules égalitaires telles que “les citoyens et les citoyennes seront consultées”. Pourquoi pas concernant l’orthographe ?

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