Chassepierre, street art

Le plus célèbre des festivals des arts de la rue est belge. Son histoire ? Celle d’un village gaulois qui résiste. Sa potion magique ? Des compagnies qui ne reculent devant rien pour nous faire toucher le ciel.

Des "alter-spectacles" qui réinventent le rapport des artistes au public. ©Vincent Warin

Nous sommes en 1974. C’est l’époque de la première crise pétrolière, des dimanches sans voitures. Le téléphone de Claude François pleure et grâce au groupe Abba, Waterloo n’est plus une morne plaine. Cette année-là, les poètes d’un petit village résistent à la construction d’un barrage. C’est le combat de David contre Goliath. Dans cette histoire, qui a des allures de fable, les plus faibles vont dégainer une botte secrète qui fera d’eux des vainqueurs: une fête des artistes qui se tiendra dans la rue parce qu’il n’y a pas de local disponible! Non seulement le barrage ne verra jamais le jour mais la fête va devenir annuelle, chaque avant-dernier week-end d’août. Ce petit village s’appelle Chassepierre.

Depuis, l’eau de la Semois (toute proche) a coulé sous les ponts. Le monde a changé, les années 80 et 90 ont eu raison des utopies de mai 68. Les rêveurs sont devenus consommateurs et Big Brother une réalité. Pendant ce temps, à Chassepierre, la Fête des artistes s’est muée en festival, national puis international, drainant de plus en plus de monde. Ces dernières années ont même vu l’éclosion d’un nouveau public dont les aspirations citoyennes rencontrent parfaitement l’esprit que n’a cessé de véhiculer le festival et qui trouve son origine dans la nature même des spectacles qu’il a le souci de promouvoir.

Car Chassepierre est le point de rencontre d’un secteur qui, s’il est aujourd’hui reconnu officiellement, n’en occupe pas moins une place à part dans les arts vivants. S’ils rassemblent et combinent toutes les disciplines du spectacle – de la danse au théâtre en passant par le cirque et la musique -, les arts de la rue ont pour particularité d’installer un rapport de proximité avec leurs publics et d’interroger en permanence leurs pratiques en proposant des alternatives aux   formes narratives traditionnelles. C’est sans doute cette idée d’“alter-spectacle” qui séduit un public en recherche de changements et de différences.

De la poésie partout 

La 44e édition du festival de Chassepierre a pour thème “Sens et contresens”. L’idée? Quitter le sens dans lequel on nous indique tous d’avancer pour prendre les contre-allées proposées par les artistes. Pendant deux jours, les spectateurs gourmands auront l’opportunité de passer d’un spectacle à l’autre de 13 à 23 heures, les gourmets de grignoter parmi les formes proposées par plus d’une cinquantaine de compagnies originaires de Belgique et de France, mais aussi d’Espagne, d’Allemagne, de Suisse ou de Grande-Bretagne.

Un piano sur le plateau d’une balance, des clowns dans une piscine minuscule, un homme en duo avec une vache, une déambulation thérapeutique sur le bonheur. De la poésie partout, jusque dans le nom des compagnies: Les Fières Bretelles, L’Art Osé, Le Cirque Hirsute ou Takapa. De la jonglerie chorégraphiée sur des chansons signées par Bob Dylan, David Bowie ou le Velvet Underground. La rencontre improbable entre un vélo BMX et un violoncelle. Des formes courtes ou longues qui ont déjà fait leurs preuves dans toute l’Europe. Et deux créations, produites spécialement pour Chassepierre, par Les Chaussons Rouges  et Les Commandos Percu, deux compagnies qui ont bénéficié d’une résidence dans le village en avril dernier pour préparer leur contribution au festival.
Au-delà de la richesse de la programmation, c’est à une parenthèse qu’invite Chassepierre chaque année. Un moment, avant la rentrée de septembre, pour penser le monde différemment, comme certains rêveurs l’ont fait par le passé, se laisser aller à croire qu’il y a encore une place pour les utopies. Et continuer un combat, commencé il y a bien longtemps. 

Festival des arts de la rue de Chassepierre. Les 19 et 20/8, Florenville. www.chassepierre.be

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