Pukkelpop 2017: Girls in Hawaii, PJ Harvey…une avalanche de guitares

Entrée en matière impeccable pour le Pukkelpop. Lors de la première journée du festival, les têtes de série pop-rock n’ont pas déçu. Entre la classe de PJ Harvey et le show de Mac DeMarco, Moustique revient sur les concerts de Girls In Hawaïï, Interpol et Ty Segall. Tout un programme…

Girls In Hawaïï ©Mathieu Golinvaux

Les années se suivent et se ressemblent. Plus ou moins. Quatre ans plus tôt, Moustique était donc là, au même endroit, pour accueillir le retour inespéré de Girls In Hawaïï. Secouée par la vie, la formation brabançonne avait vacillé, avant de se relever et poursuivre une carrière exemplaire. En 2017, Girls In Hawaïï est toujours là. Après avoir escaladé les chansons d’ »Everest », le groupe s’adonne désormais aux ballades de « Nocturne« , nouvel album annoncé pour l’automne. Assez logiquement, le Pukkelpop sert de rampe de lancement aux nouveaux morceaux. Lancé en éclaireur, le single This Light’ met en lumière des aspirations inédites. Dans un enchevêtrement de textures synthétiques et de pop mélancolique, les nouvelles compos répondent aux échos des années 1980. Aérienne et épurée, parfois langoureuse et souvent minimale, la formule puise ses références dans le coffre aux trésors d’une décennie ultra chic et un peu kitsch. Sous les nappes de claviers et les percussions métronomiques servies par Bryan Hayart, le nouveau batteur, les voix d’Antoine Wielemans et Lionel Vancauwenberghe explorent d’autres galaxies. Aménagé pour coller au mieux à ce tournant esthétique, le répertoire exhume des morceaux profilés pour épouser ces ambiances nocturnes. À côté de Not Dead ou Rorscharch, le renouveau de Girls In Hawaïï scintille dans la nuit. À la veille de ses deux soirées à l’AB (les 4 et 5 décembre prochain) et d’un concert (surprise) dans le parc Royal de Bruxelles ce 24 août, le groupe belge tente autre chose. Et c’est tout à son honneur.

PJ Harvey, femme fatale

À chaque fois, c’est le coup de foudre. Voir PJ Harvey en concert, c’est l’assurance de vivre un moment intense, des instants inoubliables, parfaits. Polly Jean Harvey a la classe. Et même après deux ans de tournée, sa performance reste d’une fraîcheur inouïe. Entourée de ses neuf musiciens, l’Anglaise met un terme à son concert en entonnant River Anacostia a capella. C’est du déjà vu, du déjà entendu. À Rock Werchter l’an dernier ou sur la scène de Forest National, tout était pareil. Mais tout était parfait. C’est bien là l’essentiel : le Pukkelpop a goûté au sublime. Sous le Marquee, pas de batterie, mais une arrivée en tambours, trompettes, grosses caisses et saxophone sur l’enivrant Chain Of Keys, l’un des trésors piochés dans l’album « The Hope Six Demolition Man« . Une fois encore, l’artiste concentre sa prestation du jour sur ce disque. Drapée d’une tenue signée par notre compatriote Ann Demeulemeester, PJ Harvey célèbre la vie et la mort dans des chansons qui revisitent d’invariables légendes mythologiques. D’un bout à l’autre d’un set parfaitement maîtrisé, la magie (noire) opère. C’est que la chanteuse peut aussi compter sur la présence de musiciens en or. Entourée par le guitariste Alain Johannes, l’ancien Bad Seed Mick Harvey ou le fidèle John Parish, elle pose une voix fragile sur le magnifique 50 ft Queenie et le classique To Bring You My Love. De l’amour. Beaucoup d’amour. Un concert d’exception.

Interpol : avis de recherche

Depuis quelques années, les supermarchés festivaliers multiplient les reformations de groupes adulés en d’autres temps. Le Pukkelpop, par exemple, a déjà eu droit au come-back des Pixies ou à la deuxième vie d’André Brasseur. À côté de ces résurrections, d’autres formations ressassent les bons souvenirs en réinterprétant – plus ou moins bien – un disque culte, et souvent générationnel. Plusieurs groupes rejouent ainsi l’intégralité d’un album encensé par le public et la critique. Dans le genre, Therapy? a réanimé « Troublegum » et Television a rallumé « Marquee Moon« . Cet été, U2 a célébré le 30ème anniversaire de « The Joshua Tree » sur les plus grandes scènes d’Europe. Ce jeudi, c’est Interpol qui débarque au Pukkelpop pour rejouer un classique  « Turn on the Bright Lights« , album publié en 2002. Quinze ans après sa sortie, le disque s’offre un tour d’honneur. Trop tôt ? Interpol est-il déjà condamné à radoter ?  À rejouer ses exploits d’autrefois ? En attendant un nouveau souffle d’inspiration, le groupe rembobine son histoire, réchauffant ses premiers morceaux au micro-onde pour resservir, vite fait-bien fait, l’intégrale de « Turn on the Bright Lights« . Là-dessus, pas question de pinailler. La prestation est impeccable. Rythmique écrasante, voix de baryton en deuil, guitares aiguisées au creux de la nuit et basse ronflante : Interpol laisse courir le fantôme de Ian Curtis (Joy Division) sur les cendres du Wolrd Trade Center. Apparue dans un contexte douloureux, la musique d’Interpol a ce qu’il faut de tension, de mélancolie et de romantisme pour flirter avec l’éternité.

Ty Segall : le rock dans tous ses états

La nuit est tombée sur Kiewit. Sous les voûtes du Club, Ty Segall ouvre son concert avec le morceau Break a Guitar. Le garçon ne fait aucun mystère sur ses intentions. Rock’n’roll. D’entrée de jeu, la distorsion prend les amplis d’assaut. Au rayon guitare électrique, le rockeur californien reste le plus éclectique, bien au-dessus de la mêlée. Accessible, parfois raffiné, souvent urgent et toujours fulgurant, Ty Segall affirme une liaison sentimentale avec les Beatles, affiche un goût immodéré pour les paillettes glam de T-Rex, un côté Byrds et une obsession pour Black Sabbath. Décousu, mais sauvage, le concert est un nid à pogos. Bonnes sensations et grosse montée de fièvre.

Big Mac DeMarco

Casquette sur la tête, sourire en coin et dents du bonheur : Mac DeMarco débarque au Pukkelpop en plein milieu de la nuit. Un peu allumé, en léger surpoids, le garçon fume clope sur clope. Comme un super pompier, capable de danser, parler et chanter en fumant. Il porte un t-shirt trop large, enfoncé bien profond dans son pantalon. À la description, c’est sûr, Mac DeMarco ne répond pas aux standards de la rock star. Et pourtant… Le héros de la génération « Y », c’est lui. Avec ses chansons douces, ses guitares détendues du slip, son chant de crooner et sa malice déconcertante, Mac DeMarco injecte de la bonne humeur dans le rock alternatif. Au sein de son groupe, chaque musicien a une bouteille d’alcool à portée de main. Désinhibés, Big Mac et les siens mettent les chansons du dernier album (« This Old Dog« ) à l’épreuve de la scène. Entre une guitare acoustique déglinguée et quelques mélodies enjouées (Ode To Viceroy, Salad Days), l’équipée s’attaque à une reprise délurée de Vanessa Carlton ( !?!). Revu et corrigé avec une solide prescription d’insolence, le morceau A Thousand Miles part en cacahouète. Un grand n’importe quoi. Qui donne du plaisir n’importe comment. Un fabuleux concept.

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