Les Ardentes 2017: La Femme en forme olympique

Si les musiques urbaines squattent l’essentielle de la programmation en bord de Meuse, les guitares ont profité du week-end pour faire leur apparition. Entre Mountain Bike, La Femme, Songhoy Blues et The Experimental Tropic Blues Band, le courant est parfaitement passé.

lafemme copyright Mathieu Golinvaux

Réussie, cette nouvelle édition du festival tient surtout à une affiche tournée vers le rap et les musiques urbaines. C’est (très) cool. Mais après trois jours sur le site sans apercevoir l’ombre d’une guitare électrique, certains divaguent. Un peu hagards, légèrement désorientés, presque perdus. Samedi, en début d’après-midi, le courant était enfin rétabli sur le site et l’électricité tournait à plein régime du côté de la scène principale où les gaillards de Mountain Bike, souriants et gouailleurs, débitaient leurs mélodies rock-garage entre deux blagues. Indociles et euphoriques, les quatre garçons mettent du cœur à l’ouvrage, défendant chèrement la peau du récent Too Sorry For Any Sorrow, un deuxième album capable de dynamiter la course au moindre coup de pédale. En tête de l’échappée du jour pendant quarante minutes, Mountain Bike fait le travail avec des chansons qui louvoient entre quelques grandes figures du rock alternatif : Beck, Black Lips, Deerhunter ou Grandaddy pogotent sous le capot du quatuor. Au pied du podium, une poignée de festivaliers lève le gobelet pour encourager l’effort. C’est beau le sport. Excellente performance. 

Journée de La Femme

Un peu plus tard, c’est au tour de La Femme de s’échapper sur les hauteurs de l’Open Air. Comme sortie d’un magasin de fripes ou d’un bad trip sur le marché de la Batte, la formation française expose ses accoutrements d’un autre temps et ses chevelures bizarres. Sous la jupe de La Femme, cinq gars et une nana aguichent la chanson française avec des mélodies new-wave, punk, yéyé ou rock psyché. Dissipé, insouciant et terriblement excitant, le groupe va chercher le public liégeois à l’énergie.

Au micro, ça joue en double-mixte. Tous les garçons et les filles poussent la voix. Sur des souvenirs douloureux (Mycose) ou romantiques (Nous étions deux), les chants tentent tout : punk fiévreux (Tatiana), surf psychotique (Sur la planche) ou électro psychédélique (Sphynx). La Femme déroule ses tubes en compagnie d’une étrange danseuse, une invitée qui s’adapte parfaitement à ce répertoire complètement cintré. Tantôt divinité dévergondée, tantôt nageuse dopée, la figurante assure le spectacle. Kitsch et joyeux, foutraque et sautillant. Tout bon moment.

Entre l’Afrique et les Tropic

Sur la scène de la Rambla, un présentateur – genre pas trop classe, mais bien schlass – annonce le concert de «Songhoy Club». C’est presque ça. En fait, le groupe s’appelle Songhoy Blues. Il débarque du Mali avec une musique moite et électrique : un blues saharien et du funk en poils de chameau. Disciple du guitariste Ali Farka Touré, défenseur des libertés individuelles, d’une musique plurielle et de chants résolument ouverts sur le monde, le trio découvert par l’ange gardien d’Amadou & Mariam (Marc-Antoine Moreau) met l’espoir en musique sur des hymnes bourrés de groove et d’électricité, d’amour et de paix. La classe. 

Quelques minutes plus tard, une tornade secoue la place. The Experimental Tropic Blues Band met les guitares liégeoises à l’honneur. Juste avant la déferlante Placebo, le trio donne tout. Groove, disto et trémolos, short en jeans et cheveux au vent, harmonica et gros pogos : le rock’n’roll s’étale ici dans toute sa splendeur. Métronomique, gentiment démoniaque, Devil d’Inferno matraque sa batterie avec une classe infinie. Dans un final livré pied au plancher, Boogie Snake et Dirty Coq se lancent dans un rap oldschool qui rappelle furieusement la prose de LL Cool J et la fougue des Beastie Boys. Si The Experimental Tropic Blues Band souhaite jouer des coudes sur la scène rap, le groupe a clairement les moyens de se faire entendre… 

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