O.J. Simpson: ce rêve américain qui explose dans le sang

Spectaculaire fresque, oscar du meilleur documentaire, O.J.: Made In America retrace l’ascension et la chute d’O.J. Simpson, dont le procès a cristallisé tous les clivages entre Noirs et Blancs.

O.J. Simpson ©BelgaImage

Le visage et les cheveux sont maculés de sang. De longues traces rouges salissent le sol. Face contre terre, Nicole Brown, un canon qui fut l’épouse d’O.J. Simpson, star du football américain, n’est plus qu’une loque gluante. Plus loin, son compagnon, Ron Goldman, baigne dans son propre sang. Il a succombé à une cinquantaine de coups de couteau. Los Angeles, le 12 juin 1994: le rêve américain vient de s’écraser au sol dans une explosion de haine et d’hémoglobine, plaçant au centre de la catastrophe et du matraquage médiatique un homme – O.J. Simpson – que tout accuse. 

Traversée par la question raciale qui n’en finit pas de diviser les États-Unis, mais aussi par les aspirations d’une société dressée à l’odeur de l’argent et obsédée par le goût de la célébrité, l’affaire O.J. Simpson est inscrite dans la psyché américaine. On peut y lire la violence, le racisme et la discrimination que la nation a développés à l’encontre de la communauté afro-américaine, certains allant jusqu’à qualifier la ségrégation de volonté divine. 

Football, argent, engagement…

C’est sur le remugle dégagé par ce dossier homérique que se penche la série d’Ezra Edelman – O.J.: Made In America, film kilométrique divisé en cinq épisodes et couronné en février par l’oscar du meilleur documentaire. Beaucoup des principaux acteurs de cette tragédie moderne (avocats, témoins, jurés, proches) y reprennent l’histoire depuis le début. Celle d’un jeune garçon de 19 ans, beau comme un dieu, surdoué du sport qui, dès 1966, attire instantanément l’attention dès qu’il pose un pied sur le terrain et excite toutes les convoitises dès qu’il en sort. 

Vedette du football labellisé USC – University of Southern California -, Orenthal James n’aura qu’à démontrer sa vitesse d’action – phénoménale – dans le jeu, avancer comme modèle pour la jeunesse et décocher son sourire d’ange timide pour se mettre l’Amérique en poche. Un pays en proie à des troubles raciaux qui, dans les grandes villes, mettent en scène les violences policières vécues par la communauté noire dont s’est éloigné O.J. Simpson depuis qu’il a intégré le star-système.

Aux émeutes dans les quartiers pauvres ou aux poings levés de Tommie Smith et John Carlos aux J.O. de Mexico – nous sommes donc en 1968 -, O.J. répond par d’imposantes campagnes publicitaires (Chevrolet, Hertz…) qui l’imposent comme le Noir préféré des Blancs. Alors que les questions de société s’invitent dans le champ du sport, Simpson soigne sa célébrité, l’enrobant d’un glamour dont le brillant semble avoir les reflets de l’idéal américain blanc. 

Police, racisme, violence…

Le premier épisode de la série est baptisé Je ne suis pas Noir, je suis O.J., histoire d’indiquer le peu d’intérêt que l’athlète porte au combat en faveur des droits civiques, affairé à sa réussite et au développement économique de son image. Ce premier épisode, capital dans la compréhension du tableau dans lequel s’inscrit le drame, insiste sur l’historique de la police de Los Angeles, réputée raciste. Au procès – immense messe médiatique muée en spectacle rebondissant (à une époque où Internet et les chaînes d’info n’existent pas, on ose à peine imaginer le dispositif aujourd’hui) -, le policier Marc Fermant, appelé comme témoin, sera décrit comme un officier raciste, soupçonné d’avoir déposé un gant taché du sang de Simpson sur la scène du crime. Le procès se transforme en un plaidoyer contre la brutalité de la police et, plus profondément, contre la société américaine qui pense qu’un homme noir assassin d’une femme blanche, ça tombe sous le sens. 

Malgré certaines évidences mises en exergue par l’accusation au terme de neuf mois de procès, il ne faudra que trois heures au jury pour innocenter Simpson. Rattachée à sa cause, la communauté black exulte. Les images d’archives montrent des scènes de joie en rue au moment du verdict, renvoyant face à face Blancs et Noirs et attisant les clivages. L’ancien joueur retrouve la liberté et son quartier de Brentwood où il est mal accueilli… Lors d’un deuxième procès au civil, il est condamné à verser 33 millions de dollars, juste avant de partir à la dérive dans des fréquentations louches qui le ramèneront au tribunal dans une affaire de tentative de vol et de kidnapping… Puissamment illustré (étonnantes images inédites de Simpson chez lui à sa libération, entre autres) et ultra-travaillé (interviews de la sœur de Nicole Brown et du père de Ron Goldman), le film d’Ezra Edelman raconte l’ascension et la chute d’un homme qui pensait être intouchable mais qui a toujours rendez-vous avec sa conscience.

O.J.: MADE IN AMERICA: vendredi 7 juillet sur Arte 20H50

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