Rock Werchter: pourquoi Moustique a adoré Radiohead

 Loin des grands discours et de tout racolage, la bande à Thom Yorke s’est contentée de laisser parler sa musique ce vendredi. Sans fausse note. Avec l’art et la manière. Et c'était parfait.

Radiohead copyright Mathieu Golinvaux.jpg

 

Comme pour rappeler qu’il poursuit la route entamée l’an dernier avec la sortie de l’album A Moon Shaped Pool, le groupe d’Oxford prend possession de la scène principale en déroulant les notes contemplatives du récent Daydreaming. Traversé de piano et de cordes somptueuses, le titre met Radiohead sur les rails d’une performance royale et distinguée. Pendant deux heures, la formation passe en revue les avancées produites au fil du temps et d’albums exigeants : des portes ouvertes sur le rock, la pop, l’électro, le folk, le néo-classique, les musiques de film. Autant de genres que Radiohead magnifie depuis longtemps dans des chansons aventureuses, toujours ambitieuses

Que des trésors

 Plongés dans la pénombre, partiellement illuminés par les scintillements d’une gigantesque boule-à-facettes, les musiciens déterrent les trésors de leur répertoire. My Iron Lung (The Bends), All I Need (In Rainbows), Everything In Its Right Place, Ideotheque’ (Kid A), Pyramid Song (Amnesiac), Bloom (The King Of Limbs), 2 + 2 = 5 (Hail To The Thief) : Radiohead revisite sa discographie sans jamais céder à la facilité. Les hymnes Creep, Street Spirit (fade out) ou The National Anthem restent ainsi dans les cartons. Mais, honnêtement, Radiohead n’a pas besoin de forcer les choses pour imposer son talent.

Super OK Computer

Alors que l’on célèbre – réédition à l’appui – les vingt ans de l’album OK Computer, Radiohead en profite pour souffler les bougies, ravivant le feu sacré à l’aide de quelques extraits de son classique absolu : Lucky, Air Bag, l’imparable Paranoid Android, Climbing Up the Wall, No Surprises (de toute beauté) ou l’inusable Karma Police, livré en apothéose comme une norme contractuelle. Sans jamais bâcler le travail, Thom Yorke et les siens assurent pourtant le train-train événementiel. Si le show est musicalement irréprochable, la performance tourne parfois à la démonstration. Et c’est là, et là seulement, que l’on peut adresser un reproche aux Anglais : ils donnent par instants l’impression de jouer pour eux, derrière une vitrine. Genre galerie d’art ou boutique chic. À trop maîtriser son sujet, Radiohead oublie de partager (totalement) avec son public. À fond dans son rôle, Thom Yorke se tortille derrière le micro, mesurant habilement son penchant pour les gémissements. Sans concession. D’ailleurs, ses mots à l’attention de la foule sont rares, à peine audibles. Au mieux, il communique avec la plaine de Rock Werchter par onomatopées. Des bruits étranges sortent de sa bouche, des sons magiques surgissent de sa guitare. Livré pour la beauté du geste – et pas forcément pour l’ivresse –, le spectacle reste d’une folle intensité, offrant de belles célébrations collectives. Quand 50.000 personnes reprennent en chœur « For a minute there I lost myself », le frisson n’est jamais loin. Excellent.

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