Phoenix: « L’album renvoie à notre vision fantasmée de l’Italie »

Plus qu’un hommage à Umberto Tozzi, “Ti Amo”, nouvel album de la tête d’affiche torride du Dour Festival, est une invitation à la flânerie.

Phoenix ©Emma Le Doyen

De passage à Anvers pour un tour de chauffe exclusif, Phoenix déballe son sixième album sur scène. Dans les loges avec Moustique, ça cause gelato, Campari et cappuccino. À quelques semaines de leur passage au Dour Festival, les Français se la jouent squadra azzurra. Depuis Paris, le groupe fantasme l’Italie dans un disque gorgé de soleil et de mélodies éternelles. “Ti Amo” chante l’amour et les beaux jours à travers dix sucreries mélancoliques qui donnent envie de faire le tour du monde en Vespa. Rien que ça.

Ça se prépare comment, un nouvel album de Phoenix ?

Deck D’Arcy – Avant d’enregistrer, nous construisons un environnement, nous créons un décor, un contexte: des choses qui donnent une direction aux chansons. Ça nous permet d’amener des références musicales, des thématiques. Pour bosser sur les morceaux de “Ti Amo”, nous avons pris nos quartiers à la Gaîté lyrique, une ancienne opérette parisienne métamorphosée en centre des cultures numériques.

La référence à l’Italie, c’est donc un imbroglio ? 

Thomas Mars – C’est un prétexte. L’album renvoie à notre vision fantasmée de l’Italie. L’idée est justement de toucher au charme qui se dégage de cette pâle copie, dans une perspective ultra-romantique. C’est comme ma façon de chanter en anglais. Je projette une image. Parce que nous ne sommes pas un groupe anglo-saxon. Et quand je chante en italien sur “Ti Amo”, je le fais comme un touriste.

Comment chanter l’Italie sans sombrer dans les clichés ?

T.M. – Nous n’avons pas évité les clichés, mais rassemblé des références pour faciliter la construction de notre propre langage. Le spectre s’étend de la musique de Monteverdi au cinéma de Fellini.
 
D.D. – Ça fait plusieurs années que nous écoutons les disques de Lucio Battisti, par exemple. Il n’est pas très connu ici. C’est un croisement entre Christophe et Johnny Hallyday.
Ti Amo” est une célèbre chanson d’Umberto Tozzi. Ça ne vous a pas refroidis au moment de choisir le titre de l’abum?
T.M. -  Tout commence avec “Bankrupt”, notre précédent album. Au départ, il était question de l’appeler “Je t’aime”. Mais ça ne collait pas aux chansons. Ici, l’idée originale se réalise, mais traduite dans une autre langue. Umberto Tozzi, nous y avons songé, mais bien plus tard…

Vous avez réalisé l’album en vase clos ?

T.M. – Plusieurs potes sont venus nous donner un avis. Philippe Zdar (Cassius, producteur de “Wolfgang Amadeus Phoenix” – NDLR) a joué un grand rôle psychologique. Nous l’avons d’ailleurs crédité comme “gourou”. Gesaffelstein nous a aussi filé des conseils et, pour la première fois de notre carrière, nous avons collaboré avec un autre artiste. Dodi El Sherbini a composé deux morceaux avec nous. C’est arrivé par hasard. Il était programmé en concert à la Gaîté lyrique. Pendant la pause-café, nous avons assisté aux balances de son spectacle et perçu des affinités entre notre univers et le sien.

Goodbye Soleil évoque les couleurs du crépuscule. C’est votre côté mélancolique ?

T.M. – C’est un trait propre à notre personnalité qui, sur cet album, transparaît un peu plus encore. En 1986, Éric Rohmer a sorti Le Rayon vert. un film qui fait référence à un phénomène optique assez rare, ce petit faisceau de couleur verte au sommet de l’astre. au crépuscule. C’est le dernier éclat de lumière, l’instant magique. Rohmer est un réalisateur qui m’a beaucoup inspiré ces dernières années. Dans son cinéma, il entretient une certaine nostalgie de la France: une vision justement fausse ou faussement juste. Notre mise en abyme de l’Italie découle du même état d’esprit.

Vous jouez régulièrement en Italie ?

T.M. – C’est un pays dans lequel on aimerait jouer davantage. Ceci dit, en juillet nous sommes programmés à Rome. Je pense que nous avons intérêt à bien préparer le terrain avant d’arriver là-bas. Avec un disque baptisé “Ti Amo”, nous allons forcément susciter une attente particulière. Alors que, dans les faits, nous n’avons rien de spécial à proposer. C’est la même chose quand nous jouons à Phoenix, aux USA. Là-bas, le public s’attend toujours à un truc sensationnel. Phoenix en concert à Phoenix, ça doit fatalement être exceptionnel… Mais en réalité, il ne se passe jamais rien. C’est toujours excessivement banal. Quand les espoirs sont trop grands, la déception est souvent immense. C’est dans les imprévus que nous allons chercher nos plus beaux souvenirs.

Côté souvenirs, justement, quel est votre meilleur moment sur scène ?

T.M. – Je me souviens d’un concert dans un stade de foot à Majorque. Il y avait sept personnes en face de nous. Sur le papier, ça ressemblait à une tragédie. À l’arrivée, nous avons livré un des meilleurs concerts de notre vie. Quand tu passes au-dessus d’un épisode aussi angoissant, tu en ressors forcément plus soudé.

Et le Dour Festival, ça vous rappelle quoi ?

D.D. – Lors de notre première visite, en 2001, nous avions rencontré des pépins techniques. Du coup, une partie du set était acoustique. C’était un beau moment. La fois suivante, en 2014, nous sommes restés coincés dans les bouchons sur l’autoroute. À la radio, le présentateur de Pure FM expliquait qu’il attendait Phoenix dans son studio. On avait l’impression d’être du mauvais côté du mur. Puis, nous sommes arrivés sur scène et c’était génial. Cette année, on mise sur un plan sans accroc et beaucoup de soleil.

Le 15/07 au Dour Festival.

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