Transe, pogos à gogo et trip en Inde aux Nuits Botanique

La bourrasque Thee Oh Sees, l’élégance de Chassol ou la loi de La Jungle : trois temps forts pour un dimanche mémorable aux Nuits Botanique.

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Dimanche soir. Un grand soleil illumine les Nuits Botanique. Au Cirque Royal, les artistes belges (Arno, Girls In Hawaii, Mélanie De Biasio et Pitcho) s’offrent un « Grand Final » orchestré avec l’ensemble à cordes de Musiques Nouvelles. Du côté de la Rue Royale, la programmation louvoie entre transes épileptiques (La Jungle), décharges électriques (Thee Oh Sees) et trip indien (Chassol). Dépourvu du don d’ubiquité, Moustique s’est laissé séduire par l’affiche du Botanique. 

Super Glücks

À l’heure du Ricard, les premiers au taquet, ce sont les Glücks. Les Bonnie & Clyde du rock garage flamand débarquent dans le Chapiteau avec trois fois rien : une guitare, une batterie, deux voix et un don certain pour alimenter la soirée en électricité. Vif, énergique, le duo rappelle inévitablement la fougue originelle des White Stripes. Les couleurs en moins, la rage en plus. 

La loi de La Jungle

Dans la foulée, une autre source de fierté nationale met le rock dans tous ses états. Avec son nom de scène exotique, La Jungle offre un peu de dépaysement aux fans de (math-)rock et propose au public de voyager bien loin (dans la forêt). Pour ce duo originaire de Mons, tout se joue à la sueur du front, entre des rythmiques épileptiques et quelques riffs répétitifs. Implacable, sauvage, le groupe s’invente un état de transe permanent entre une guitare, une batterie et un synthé riquiqui. D’une danse mécanique à une cavalcade tribale, le concert impose une cadence infernale. Entre échos techno, krautrock et relents new beat, le live de La Jungle est impitoyable. Impeccable. 

Thee Oh Sees, taille patron

Après une telle tempête, il faut nécessairement une tornade pour retourner le Chapiteau. Là-dessus, Thee Oh Sees se profile en tête d’affiche indiscutable. Emmenée par l’imperturbable John Dwyer, le groupe californien déroule la grosse artillerie : un bassiste, deux batteurs et la guitare flamboyante du patron se mettent ici au service d’une musique en fusion. Corrosive, bouillante à souhait, métronomique à crever, la performance touche à la fois au krautrock, au punk et à la pop psychédélique. C’est irrésistible. Dans la foule, la folie furieuse gagne méchamment du terrain. Pogos dingos, stage diving, pieds en l’air et bras levés : Thee Oh Sees met le Chapiteau sans dessus dessous. C’est peut-être le meilleur groupe de rock du monde qui se produit ce dimanche sur la scène des Nuits Botanique. On a beau retourner la question dans tous les sens, on s’interroge encore. Quel groupe fait mieux le boulot que Thee Oh Sees? Là, comme ça, on ne voit pas. Énorme concert. 

L’ind(i)e chic de Chassol

Dans l’Orangerie, Christophe Chassol est en état de grâce. Touche-à-tout passionnant, pianiste surdoué, l’artiste français décloisonne les frontières de la pop en propulsant le jazz et l’électro dans les décors d’un film imaginaire : une fresque cinématographique, magique et rêveuse. Une bande-son fantasmagorique où chaque son fait sens. Les doigts en mouvement sur son clavier, Chassol crée un dialogue permanent, totalement hallucinant, entre les images projetées et sa musique. Sur scène, le musicien rénove les codes du minimalisme en ravitaillant ses compositions de bruits arrachés lors d’un grand trip en Inde. Épaulé d’un redoutable batteur, concentré sur les morceaux de l’album « Indiamore », Chassol signe ici une performance audiovisuelle d’une rare intensité.  

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