PHOTOS. Les punks et Sleaford Mods s’invitent aux Nuits

Le duo de Nottingham a fait forte impression, mardi soir, dans le Chapiteau. Venu servir, les morceaux de l’album "English Tapas", Sleaford Mods reste un cas à part sur la carte du punk. Entre revendications sociales, hip-hop et doigt d’honneur ultime, Mark Wynn, Shame et Powell étaient aussi de la partie.

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« Soyez indulgents, je ne suis pas professionnel », prévient Mark Wynn en montant sur la scène du Chapiteau. « D’habitude, je suis nettoyeur de surface, pas chanteur. Mais comme j’aime encore bien faire de la musique, on m’a invité… » Aux risques et périls de la soirée, l’Anglais a reçu 25 minutes pour chauffer le public des Nuits Botanique. Il est 19h30 : tout le monde se demande un peu ce que le garçon fait là. Bâti comme une croquette de combat (rock), l’homme de York arpente les lieux en solitaire. Un ordinateur pour lancer des sons à l’arrache et le voilà parti dans un stand-up, genre punk et branleur. Mark Wynn chante un peu et parle beaucoup. De tout et, surtout, de n’importe quoi. Entre ses interventions, il laisse entrevoir d’excellentes chansons mais, visiblement, ce n’est pas sa priorité. Son truc à lui, c’est le déhanché. Entre deux mouvements de bassin, il fait tomber la chemise et son micro. La prestation est chaotique, mais authentique. Légende vivante de son propre monde, Mark Wynn est un solide zozo. A revoir. Pour le croire.

La folie Shame

Quelques minutes plus tard, Shame passe à l’action. Les gars de Brixton n’ont pas encore d’album, mais ils sont bien partis pour devenir les nouveaux chouchous du rock indépendant. Avec un bassiste qui sautille comme Alex James aux premiers jours de Blur, un chanteur grassouillet qui harangue la foule à la John Lydon, un batteur obsédé par les petites frappes du punk anglais et deux guitaristes qu’on dirait sorti de l’université d’Oxford, Shame fait le grand-écart entre morceaux braillards et étendards rock standardisés pour retourner les festivals d’été. Show énergique, attitude conquérante : le (No) futur est pour Shame. Et avec quelques bons morceaux en plus, le groupe peut même jouer les trouble-fête dans la cour des grands. Vivement le disque.

I’ve got the Powell !

Entre Shame et Sleaford Mods, Powell vient déballer sa science électronique face à un public plutôt rock et moyennement concerné par l’appel du beat. La performance est bonne, mais tient davantage de l’interlude. Musique de nuit pour danser et festoyer jusqu’au petit matin, la proposition de Powell arrive trop tôt dans la soirée. Un coup dans l’eau… qui ne nous empêchera pas de retrouver les pulsations techno-punk du producteur cet été. Annoncé du côté de Dour, Powell devrait y trouver un environnement propice et un horaire adéquat.

Bières et spoken word

Dans un registre où les guitares votent l’abstention, Sleaford Mods fait monter la tension. Punk dans l’âme, le duo de Nottingham propulse l’héritage de Joe Strummer du côté hip-hop de la force. Perché par-dessus le micro, Jason Williamson tient la boutique avec un spoken word extatique. Pendant que le chanteur débite ses mots avec rage et énergie, son compère Andrew Fearn siffle des bières en bougeant la tête de gauche à droite. Sur scène, le producteur maison n’en touche pas une. Dès qu’il lance un son, il s’ouvre une canette. Une façon bien punk, de critiquer les simulations de nombreux DJ’s. Ici, pas d’hypocrisie, mais un show frontal, ultra radical qui souffre parfois de quelques redondances (dans la forme et la danse). Mais, au final, les titres proposés par Sleaford Mods sont tellement forts qu’ils finissent par mettre tout le monde d’accord. Une bonne claque.

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