Reda Kateb: « Je n’ai pas voulu imiter Django »

Doux fauve et acteur ultra-doué, il interprète le prince du jazz manouche dans Django. Rencontre avec un nomade du cinéma.

Le biopic sur Django Reinhardt ©Prod

On l’a connu junkie chez Jacques Audiard, torturé sous les yeux de Jessica Chastain dans Zero Dark Thirty, taximan chez Ryan Gosling, plus récemment médecin dans Hippocrate ou chez Wim Wenders avec qui il se sent une vraie filiation. Reda Kateb a beau changer de peau, il nous touche à chaque fois par la profondeur de son jeu, la grâce dandy de son regard, le velouté de sa voix. “Jean Cocteau disait de Django qu’il était un doux fauve. Reda incarne parfaitement cela” souligne le réalisateur Étienne Comar, dont le biopic se focalise sur l’éveil politique de Django sous l’occupation allemande – django veut dire “éveil” en langue manouche. Issu d’une lignée d’artistes algériens, l’acteur (né d’un père comédien et petit-neveu du poète et écrivain Kateb Yacine) s’est entraîné plus d’un an pour obtenir “une triche honnête” à la guitare, jusqu’à porter une prothèse à la main gauche rappelant le célèbre handicap du guitariste. À ses côtés on retrouve Cécile de France dans le rôle (fictif) d’une résistante belge. Jazz oblige, on a rencontré Reda Kateb à Bruxelles, après un concert du trio Rosenberg qui a enregistré tous les titres du film. 

Que représentait Django Reinhardt pour vous ?

REDA KATEB – Comme la plupart des gens je le connaissais sans le connaître, j’avais écouté certains de ses morceaux, j’avais vu le film de Woody Allen Accords et désaccords où Sean Penn se prend pour Django. J’avais vu quelques pochettes d’album, déjà très évocatrices pour moi. J’ai eu la chance d’avoir assez de matière pour être fidèle à ce qu’il était et pour rendre grâce aussi à son peuple. Django est la seule icône tsigane à être reconnue à l’international par les gadjés, les non-Tsiganes. Mais surtout j’avais assez de place pour créer mon Django. 

Votre Django, il ressemble à quoi ?

Je n’ai pas voulu faire un travail d’imitateur. J’avais vu ça dans certains biopics et ça ne me touche pas, j’ai besoin d’une résonnance plus forte et plus personnelle. J’ai tenté de le rendre dans toute son humanité avec sa part de mystère, de contrastes, entre flamboyance et bassesse, génie et timidité. En laissant une place à la rêverie…

Il y a pourtant un côté performance obligée pour interpréter Django: c’est un défi de comédien dont vous aviez besoin ? 

Oui, c’est le type de défi que j’attendais. Je me suis plongé pendant un an dans la culture tsigane qui m’a toujours passionné, depuis que j’ai découvert les films de Tony Gatlif. Mais ce temps de préparation c’était aussi le temps contemplatif dont j’avais besoin par rapport au côté performatif du tournage. Les lentilles, la fausse brûlure, les doigts de la main gauche pliés, c’est important, mais j’ai essayé de jouer chaque scène comme si je les vivais. Notamment pour la scène du requiem final, je ne me posais plus la question de jouer ou pas, j’étais le réceptacle de plein d’émotions, à nu. J’ai fermé les yeux et écouté les chœurs. J’étais traversé par ces visages et ce peuple d’artistes et de poètes massacrés par l’histoire, comme Django qui s’est oublié un moment pour composer ce requiem et l’offrir à ses frères tsiganes. C’est comme ça que j’ai rencontré mon Django.

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