Les nouveaux punks, ces héritiers de Joe Strummer

Quarante ans après la sortie du premier album de Clash, un vent de contestation souffle à nouveau dans le rock anglais.

Les nouveaux punks ©Prod

Le 8 avril 1977, The Clash débarque dans l’arène avec un album sans nom. C’est une grenade lancée à la face du système, un appel à la révolution citoyenne. En quatorze chansons incendiaires, les Londoniens défient les autorités. En pleine régression économique, l’Angleterre découvre que rock et politique se conjuguent plutôt bien. Sur ce disque, The Clash s’en prend aux caprices d’un nationalisme va-t-en-guerre (Hate And War), dénonce l’impérialisme américain (I’m So Bored With The USA), sans oublier de défendre la cause d’une classe populaire aux abois (Career Opportunities). Quarante ans après ce coup d’éclat, la politique redevient le sujet préféré de quelques garnements en manque de sensations fortes. Du côté de Brixton, d’abord, Shame reprend le flambeau en bousculant la Première ministre Theresa May dans un morceau baptisé Visa Vulture. May est la cible favorite de ces cinq gamins qui, en moins d’un an, se sont taillé une réputation XXL sur scène. En plein Brexit, Shame entend ramener les jeunes aux urnes.

En guerre contre l’austérité

En attendant, le groupe, que nous avions pointé comme révélation de l’année après son concert furieux à l’Eurosonic, prépare la sortie d’un premier album que l’on devine dissident et indocile. Pour célébrer l’anniversaire de The Clash sans nostalgie, mieux vaut bloquer la soirée du 8 avril prochain, histoire de pogoter avec Cabbage dans les caves du Botanique. Quarante ans – jour pour jour – après le pamphlet signé par Joe Strummer et sa bande, ces cinq lads de Manchester mettent le feu aux poudres en une poignée de titres abrasifs. Sur son dernier enregistrement, intitulé “Uber Capitalist Death Trade”, la formation ne camoufle en rien ses convictions. Politisées, les paroles partent en guerre contre l’austérité du gouvernement anglais (Austerity Languish), rêvent d’égorger Donald Trump (Free Steven Avery) et de mettre fin à la lutte des classes (Dinner Lady).

Joindre les paroles au geste

Ouvertement rangé derrière les idées du député Jeremy Corbyn, figure de proue de l’aile gauche du parti travailliste (sorte de Mélenchon anglo-saxon), Cabbage prend position avec panache, mêlant énergie et ironie dans des chansons à scander le poing levé. Parce que c’est aussi une leçon essentielle servie par The Clash: pour s’engager sur la scène punk, le discours ne suffit pas. Il convient, d’abord et surtout, de débarquer avec de bons morceaux, des mélodies débitées avec les tripes et des refrains braillés avec le cœur. Dans un registre où les guitares votent l’abstention, Sleaford Mods fait monter la tension. Punk dans l’âme, le duo de Nottingham propulse l’héritage de Joe Strummer du côté hip-hop de la force. Critique aiguisée de la société britannique, leur nouvel album “English Tapas” (chroniqué la semaine dernière) rentre dans le lard en martelant que la culture fish and chips n’est pas universelle. Entre blagues acides sur l’éducation et portrait (forcément) craché du banlieusard anglais, Sleaford Mods dézingue à tout-va. Mais jouer l’engagement sur le terrain punk, ce n’est pas seulement entonner son mécontentement au moment de tacler l’adversaire. C’est aussi poser des actes en accord avec ses chansons. Pour ça, Jason Williamson est un modèle à suivre. De passage à Bruxelles, le chanteur de Sleaford Mods a refilé ses billets de 20 euros aux clochards plutôt qu’au bar. “Parce que c’est le mieux que je puisse faire”, nous a-t-il confié.

Tour d’horizon du rock anglais

À Sheffield, l’atterrissage du premier album de Moonlandingz risque de faire beaucoup de bruit. Le groupe voit Lias Saoudi (leader de Fat White Family) endosser le costume de Johnny Rocket, vrai-faux chanteur fictif, mais terriblement engagé. Au casting d’“Interplanetary Class Classics”, Yoko Ono, 82 balais, pousse une gueulante et Randy Jones, le cow-boy de Village People, porte le chapeau sur Glory Hole. Ode à l’indécision politique et aux outsiders, cet album offre un tour d’horizon complet du rock anglais. Au micro, Lias Saoudi reste fidèle à ses convictions: celles d’un mec aperçu à la fête d’enterrement de Margaret Thatcher avec sa pancarte “The Bitch is dead”. Tout est dit.

SHAME, le 16/5 aux Nuits Botanique, Bruxelles.
SLEAFORD MODS, le 16/5 aux Nuits Botanique, Bruxelles. 
THE MOONLANDINGZ, le 14/7 au Dour Festival, Dour.

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La Playlist des Nuits Botanique ©Moustique

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