Camille: « Ça fait un bien fou d’oublier qui on est »

Star des Nuits Botanique, la chanteuse revient avec un nouvel album en forme d’hymne à la vie.

Camille ©Prod

Six ans après son dernier disque (”Ilo Veyou”), Camille reprend le fil d’une carrière pas comme les autres. Audacieuse, excentrique et authentique, l’artiste dépoussière la chanson française en laissant sortir les idées folles qui lui passent par la tête. Entre envies de danser et besoin d’explorer les sons, ses mélodies agitent les consciences avec quelques tambours, un peu de poésie et beaucoup de génie. Annoncé pour le 2 juin, “OUÏ” est un album puissant, différent, engagé en faveur du changement. Personnalité à part, Camille reste incontestablement la voix à suivre. Rencontre.

Le public attend de vos nouvelles depuis un moment. Marquer une pause était nécessaire ? 

Camille – Artistiquement, je ne me suis jamais reposée. Quand je ne bosse pas sur un album, mon esprit reste habité par l’envie de créer. Ces dernières années, j’ai accumulé énormément d’idées. Le truc, c’est que je déteste me dépêcher. La notion de stress m’est d’ailleurs étrangère. Pour ça, avoir un contrat avec une maison de disques, c’est bien. Ça m’impose une échéance, des limites. Pour réaliser “OUÏ”, je n’ai fait que dépasser le temps qui m’était imparti… 

Depuis “Ilo Veyou” (2011), la maternité s’imbrique dans vos chansons. C’est encore le cas avec des morceaux comme Fontaine de lait ou Fille à papa. Le rôle de maman a-t-il changé votre rapport à la création ?

Bien sûr. Donner naissance, c’est la base. Ça vient d’en bas. Ça touche au corps et, pour moi, le chant vient de là. Puis, on pousse la voix pour bercer, calmer, apaiser. La maternité te rappelle à quel point chanter est un geste simple. Les enfants écoutent les vibrations, les émotions. Chanter juste ou faux, pour eux, ça n’existe pas. Et puis, dans une société qui pousse les gens à croire qu’il faut de l’argent, que nous avons besoin de mille choses, l’enfant éclaire une évidence: l’essentiel est là, gratuit, à portée de main. C’est un amour inconditionnel, un truc de dingue. Cette découverte implique une question: est-on capable de donner aux autres l’amour que l’on porte à ses propres enfants ?

Le morceau Nuit Debout est un clin d’œil aux manifs qui se sont déroulées l’an dernier en France. Que vous inspire ce mouvement ? 

C’est un jalon posé. Ce mouvement n’a pas encore trouvé sa figure de proue, son ambassadeur. Mélenchon a bien essayé de porter ces valeurs durant sa campagne. Mais on ne pourra pas vérifier s’il les aurait effectivement mises en place… Nuit Debout est un mouvement fascinant. Parce qu’il n’est pas mégalo. Il ne revendique pas le pouvoir, juste l’égalité citoyenne. Il n’est pas politisé et, vu la situation, c’est sans doute une bonne chose. 

Ce mouvement se traduit-il dans les urnes ? 

L’élection présidentielle est révélatrice de la situation. Il y a une volonté de changement, une envie de réformer le système. Mais nous sommes seulement au début du processus. Les mentalités des politiciens ne sont pas encore mûres pour accepter cette reconfiguration. Ça va venir…

Twix insiste sur la nécessité de prendre soin de la nature. D’où vient ce titre ?

Il est inspiré par le travail d’une dame de 85 ans. Elle s’appelle Irène Grosjean. Elle est naturopathe. Elle a développé une théorie assez simple où il est question de “manger vivant”. Ce qu’elle raconte est plein de bon sens. Par exemple, elle affirme que les bonbons, c’est mort. Tu mets un bonbon dans la terre, tu l’arroses, t’attends… il ne se passe rien. Par contre, si tu enterres une pomme, ça va pousser. La nature est généreuse.

Vous êtes adepte de la naturopathie ?

Je suis en faveur du dialogue entre les différentes formes de médecine. Notre erreur, c’est le cloisonnement des pensées. Aujourd’hui, les médecins sont formatés. Ils distribuent des antibiotiques à tour de bras. Il y a une méfiance et, dans certains cas, du mépris à l’égard de l’homéopathie et des médecines anciennes. Je conseille l’acupuncture, tout comme les traitements énergétiques.

Avez-vous changé vos habitudes de consommation ? 

Chaque jour. Je vais vers la simplicité. Ça rend plus heureux. Quand j’ai conscience d’une chose, je m’y adapte. Depuis peu, par exemple, je n’achète plus rien d’emballé. C’est une aberration.

Différentes formes de danses traditionnelles s’agitent en filigrane de “OUÏ” et dans cette nouvelle tournée. Pourquoi ? 

Mon intérêt pour ces danses correspond d’abord au besoin de lâcher prise. Ça fait un bien fou d’oublier qui on est, d’où on vient, ce que l’on fait dans la vie. Les danses traditionnelles appellent au partage. J’avais envie de les interpréter, de les intégrer dans mon univers. Ça correspond aussi à l’envie d’interroger mes racines musicales.

La plupart des nouveaux titres sont nés a cappella sous les voûtes d’anciennes chapelles. Quelle place accordez-vous à ces lieux ? 

Je les ai investis pour leurs richesses acoustiques. Pas pour la religion. Même s’il est vrai que chanter dans ces lieux implique une dimension mystique. C’est vibratoire. Ça nous relie aux traditions, à l’histoire. Pour les anciens, les chapelles étaient des lieux de rassemblement propices au chant. Ces espaces portent la voix de l’infiniment petit vers l’infiniment grand. C’est une sensation que j’ai essayé de reproduire dans les nouvelles chansons.

Le 12/5. Nuits Botanique, Cirque Royal, Bruxelles.

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La Playlist des Nuits Botanique ©Moustique

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