Harlan Coben, mister mystères

Avec quelques autres, parmi lesquels Bernard Minier, il fait partie de ces auteurs de polars qui entretiennent un lien amical avec leurs lecteurs. Portrait d’un type tranquille assis sur un magot de 60 millions de livres vendus. 

Harlan Coben ©Prod

Harlan Coben est un bon père de famille qui passe sa vie à faire  disparaître épouses, maris, ados, enfants dans ses romans. Une sorte de complexe du Petit Chaperon Rouge qu’il explore dans une œuvre de divertissement où les lecteurs s’amusent à se faire peur. Dans Sans un adieu, un homme part nager et ne revient plus. Dans Ne le dis à personne, un homme croit reconnaître sa femme disparue il y a des années. Dans Juste un regard, “Jack s’enfuit de la maison, disparaît et demeure introuvable” – on a envie de dire: comme d’hab… L’histoire de Ne t’éloigne pas ? Celle de deux disparitions à dix-sept ans d’intervalle. Sans un mot ? Un ado s’évapore dans la nature. Dans les bois ? Idem, mais ils sont quatre, cette fois.

Harlan Coben est-il psychomaniaque ? Nous lui avons posé la question. “Oui, les disparitions me fascinent, avoue-t-il. Quand quelqu’un meurt, c’est la fin de l’histoire. C’est tout. Quand quelqu’un disparaît, c’est l’espoir qui anime l’histoire. L’espoir est la chose la plus incroyable qui fait tourner le monde.”  Un monde où l’on tentera vainement de trouver un épisode traumatique qui, dans sa jeunesse, marquera à jamais l’esprit de l’écrivain. “Je n’ai jamais vécu d’expérience de disparition quand j’étais enfant, répond-il avec le regard de celui qui vous trouve bizarre.  Je foutais le camp de temps en temps, comme tous les mômes, mais rien de comparable à une disparition.” Harlan Coben aime donc faire disparaître les gens. Mieux qu’un passe-temps, c’est son boulot.

« Si je vous déçois, je suis déçu »

Depuis le début des années 2000, avec la régularité d’une chaîne de montage bien huilée, il livre des polars qui font de lui un vendeur qualifié dont les scores (on tourne autour des 60 millions d’exemplaires écoulés) font honneur à sa petite entreprise. “Si mes personnages ne vous touchent pas, c’est que je n’ai pas bien fait mon boulot, explique-t-il. Mon boulot, c’est créer un univers pour ces lecteurs qui ont choisi de dépenser du temps avec toi et de l’argent pour moi. C’est une responsabilité que j’aborde avec le plus grand sérieux. Si je vous déçois, je suis déçu.” Cette expertise est mise à profit dans une production qui plaît énormément et ne connaît pas la crise d’inspiration – “Une seule fois, j’ai abandonné un livre en cours d’écriture. Ça ne fonctionnait pas”. 

À 55 ans, cette baraque (1 m 94) à la voix de monstre des cavernes est un homme tranquille qui travaille à la sécurité de sa famille. Il n’a jamais rêvé de rien (“Peut-être être un bon joueur de basket”) et ne rêve toujours de rien. “J’ai tout ce dont j’ai besoin et je ne suis pas du genre à acheter un yacht ou un jet privé, poursuit-il. Je n’ai jamais couru après l’argent, mais bien sûr l’argent m’a rendu la vie plus facile. Pour moi, l’argent est synonyme de sécurité, je ne suis pas très dépensier.” Si  ce n’était sa stature qui l’empêche de passer inaperçu, Harlan Coben ressemble à un usager des transports publics qui – on le sent bien -, à la conversation, préfère rester le nez plongé dans son bouquin.

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