Burning Out, un documentaire-choc

Burning Out explore la maladie du siècle à l’œuvre, au sein même de l’hôpital.

Burning Out ©Prod

Gamin, il avait envie d’être chirurgien. Jérôme Le Maire a poussé la porte de l’hôpital Saint-Louis à Paris pour réaliser un fantasme de jeunesse et surtout filmer ce qu’il est convenu d’appeler aujourd’hui une pathologie de civilisation: le burn out. Inspiré par l’ouvrage du chercheur Pascal Chabot (Global burn-out), le cinéaste bruxellois, auteur de plusieurs documentaires remarqués (Le thé ou l’électricité), a ouvert la boîte de Pandore: “Je me suis demandé quel était ce trouble miroir de notre société. J’ai eu l’occasion de rencontrer une anesthésiste à une conférence de   Pascal Chabot. Marie-Christine avait l’espoir que ça change, c’était une lanceuse d’alerte, une toxic handler qui a su dire aux autres qu’il fallait réagir. J’avais déjà un magnifique personnage de film”.

Avant, les gens se connaissaient, se parlaient, cet âge d’or est terminé.

En 2017 il ne s’agit plus de décrire la mécanique du burn-out mais d’en renouveler l’approche: “Nous sommes déjà dans ce que Pascal Chabot appelle l’âge des transitions. Après le burn out surgit la métamorphose, c’est ce que j’ai voulu filmer”. Le spectateur se trouve ainsi plongé sans anesthésie “dans le ventre de l’hôpital”, au cœur d’un service de chirurgie viscérale réparti sur six blocs opératoires. Sans voix off installée mais laissant place aux dialogues pris sur le vif, Jérôme Le Maire capte, au terme d’un lent travail d’observation, les échecs de communication entre les hiérarchies et la saturation liée au bourrage des blocs opératoires. Jusqu’à cette scène de dispute hard entre une aide-soignante et un chirurgien au-dessus d’un patient mal endormi, qui se termine par des cris dans les couloirs.

Pourtant, Jérôme Le Maire n’a pas subi de censure. Après accord, les Hôpitaux de Paris ont même saisi l’occasion du film pour réaliser un audit – prise de conscience nécessaire dont Le Maire filme aussi les absurdités langagières (comment “optimiser l’outil humain”?). Victime de la mutualisation à outrance, l’équipe médicale éclatée déplore l’augmentation des rapports impersonnels: “Avant, les gens se connaissaient, se parlaient, cet âge d’or est terminé”, regrette un chirurgien. Pour avancer, Marie-Christine l’anesthésiste a décidé de créer une boîte à suggestions, pour qu’on reconnaisse que c’est “ensemble qu’on pourra recommencer à travailler”. Ou pas. Ou plus.

Burning Out. Réalisé par Jérôme  Le Maire – 86’.

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