On a rencontré Gorillaz

Le groupe virtuel emmené par Damon Albarn a des dessous cartoonesques. Et pourtant “Humanz” remet l’individu au centre des débats. Rencontre londonienne avec l’un des derniers génies pop.

gorillaz

Les bureaux d’Eleven Management, la société qui gère les destinées de Blur, de Gorillaz et de tous les projets artistiques annexes de leur leader Damon Albarn, sont perdus dans une rue anonyme du West London. Alors que de jeunes employés répondent par mail aux multiples sollicitations promotionnelles, Jamie Hewlett, cofondateur de Gorillaz et responsable de l’artwork de ce vrai groupe aux membres fictifs, est en pleine réunion marketing. Damon, lui, nous attend en face, dans un “penthouse” situé au-dessus d’un magasin spécialisé en peintures industrielles. Yep! On s’attendait à plus glamour comme rendez-vous avec sa majesté britpop.

À quarante-neuf ans, ce fils d’un artiste plasticien et manager éphémère du groupe Soft Machine a tout connu, tout essayé, tout inventé. Et il n’est toujours pas rassasié. Avec son groupe Blur, il a remis la pop anglaise au sommet des charts mondiaux dans les années 90 et en reste toujours le capitaine vaillant. Du désert africain (l’album Mali Music en 2002) aux travées de l’opéra (Monkey: Journey To The West en 2007, Dr Dee: An English Opera en 2001), en passant par la réhabilitation de la légende soul Bobby Womack ou la direction artistique de la cérémonie d’ouverture des Jeux olympiques de Londres en 2012, son aisance à jongler avec les styles n’a aucune limite. Pour l’heure, c’est Humanz, cinquième album de Gorillaz, qui occupe cet homme hyperactif. Avec Gorillaz, lancé en 2001, Albarn a repoussé toutes les frontières, malaxant dans un délire cartoonesque pop, dub, hip-hop et électro. Sur Humanz, qui sort ce 28 avril, Albarn y ajoute une solide dose de funk, réinvente le concept de fête totale et n’oublie pas de  distiller ses messages politiques.

Comme toujours, le casting de ce disque est complètement dingue. On y entend notamment De La Soul, Grace Jones, la gratte de son “ex”-ennemi d’Oasis, Noel Gallagher, les jeunes rappeurs Pusha T et Danny Brown, la diva soul Mavis Staples, la voix de velours de Benjamin Clementine ou encore Jehnny Beth de Savages. En fait de penthouse “on the top of the floor” annoncé par son assistante, c’est plutôt à un kot d’étudiant de l’ULB que ressemble ce refuge de Damon. Sur les murs fatigués du couloir, on aperçoit une affiche du film Le village des damnés, un flyer annonçant le tout premier single de Gorillaz en 2001 et l’un ou l’autre masque africain ramené d’un de ses voyages au Mali. Au milieu du salon, trône une table de ping-pong. Sur le canapé traînent la traditionnelle guitare et le mélodica dont il ne se sépare jamais. L’homme est souriant, pète la forme, et l’arrogance affichée lors des années britpop appartient au passé. Trop cool…

Comment est né ce nouvel album de Gorillaz?

Damon Albarn – Que ce soit pour Blur, Gorillaz ou mes autres projets, je commence presque toujours de la même manière. Je fais des maquettes comme si je venais de former mon premier groupe de rock dans le garage familial. J’improvise, je chante ce qui me passe par la tête, j’ajoute des sons avec les instruments qui sont autour de moi et ça donne un squelette de chanson. Parfois ce squelette évolue, parfois il reste comme ça. Ça, c’est la partie fun de Gorillaz. Après, vient le casting et c’est là que le vrai boulot commence. Trouver les bonnes personnes pour chanter les bonnes chansons, c’est parfois un vrai casse-tête.

Lors du concert secret de présentation de “Humanz” donné dans une imprimerie désaffectée le 24 mars dernier, le son était super-funky. C’est ça Gorillaz version 2017?

J’avais demandé aux musiciens et aux choristes féminines de maintenir un groove puissant du début à la fin du show. Pendant les répétitions, je n’arrêtais pas de leur dire: “Faites du Earth, Wind And Fire version 2017”. C’est vraiment l’idée centrale du nouvel album de Gorillaz. On veut proposer une musique qui rende heureux même s’il y a un message plus ambitieux derrière tout ça.

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