Rachida Brakni + Gaëtan Roussel = Lady Sir

La comédienne/réalisatrice Rachida Brakni et Gaëtan Roussel s’associent pour un premier album en mode folk qui pousse à l’évasion. Grand frisson.

illus1517_11

Lady Sir, c’est l’histoire de deux personnalités artistiques qui avancent sans la moindre œillère. Elle, c’est Rachida Brakni, actrice au théâtre et au cinéma, réalisatrice d’un premier long métrage, De sas en sas, encore inédit chez nous et interprète d’un premier disque solo paru en 2012. Lui, c’est Gaëtan Roussel, tout juste sorti d’une tournée euphorique de son groupe Louise Attaque toujours recordman de ventes pour un album rock (“Louise Attaque”, 2,8 millions d’exemplaires depuis sa sortie en 1997). 
L’année dernière, Rachida Brakni propose à Gaëtan Roussel d’écrire le générique de son film De sas en sas. Mais voilà, la collaboration se déroule encore mieux que prévu et se concrétise aujourd’hui par “Accidentally Yours”. Soit une collection de dix chansons écrites à quatre mains, chantées à deux voix et en trois langues: le français, l’anglais et l’arabe. Sous des arrangements folk/rock épurés qui invitent aux cavalcades dans les grands espaces, il y est question d’absence, de temps qui passe, de quête de voyage, de rêve et surtout d’espoir.

Rendez-vous est pris place des Vosges, dans le Marais à Paris. Les deux nouveaux complices s’entendent comme larrons en foire. Lady, la brune Rachida. Sir, le plus jovial que jamais Gaëtan. Ils courent beaucoup. Ils sortent tout juste d’une répétition (la tournée Lady Sir démarre au Printemps de Bourges ce 22 avril). Ce soir, Rachida Brakni est au théâtre du Rond-Point des Champs-Élysées où elle interprète pas moins de trois rôles différents dans Je crois en un seul Dieu, une pièce de Stefano Massini. Mais pour l’instant, c’est l’heure du lunch, du thé vert et des confidences sur ce petit bijou mélodique enregistré entre Paris et Lisbonne. “Il n’y a pas de message politique dans ce disque, prévient Rachida Brakni. Si c’était un film, je dirais qu’ “Accidentally Years”  plonge dans le flou pendant une petite quarantaine de minutes ce qui ne tourne pas rond dans ce monde et propose simplement une évasion. Notre seule prétention est de vouloir emmener les gens ailleurs.

Comment une collaboration ponctuelle sur un film a-t-elle débouché sur ce premier album?

Gaëtan Roussel – Quand j’ai proposé à Rachida de chanter avec moi la chanson Accidentally Yours qui servait de générique à son film De sas en sas, nous avons eu la surprise de nous rendre compte que nos deux voix se mariaient d’une manière exceptionnelle. Je savais, d’autre part, que Rachida avait envie de refaire de la musique après son premier album qui avait été écrit par son mari Éric Cantona et composé par Cali. Il y avait enfin un point d’ancrage très fort à ce projet, qui était celui de mélanger l’arabe, le français et l’anglais. Tous ces éléments nous ont donné envie de nous lancer. Et tout s’est mis en place de manière naturelle.

Vous évoquez un album écrit à quatre mains. Concrètement, ça s’est passé comment?

Rachida Brakni – Je donnais des textes à Gaëtan et il me proposait une maquette guitare/voix. C’était très déroutant, je n’ai jamais travaillé de cette manière. Lui non plus, du reste. Envoyer des phrases et recevoir en retour une chanson, c’est comme un cadeau de Noël. À chaque fois,  j’attendais ça avec impatience.

G.R. – Rien n’a été prémédité, y compris l’usage des langues. La seule envie commune était de rester dans l’univers cinématographique avec tout ce que cela implique comme aérations et comme mouvements. Pour le reste, nous nous sommes laissé porter par tous ces petits accidents heureux que suscite une telle rencontre.

Quelles références musicales partagez-vous?

R.B. – Nous avons la même passion commune pour Alain Bashung, Nick Cave, Leonard Cohen. Gaëtan m’a fait aussi découvrir l’album “Rome”, sorte de soundtrack imaginaire imaginé par Danger Mouse et Daniele Luppi, ainsi que le projet de Ryan Gosling, Dead Man’s Bones. Mais le disque de référence pour le projet Lady Sir est “Ballad Of The Broken Seas” enregistré par Isobel Campbell & Mark Lanegan en 2006.

Rachida, que faisiez-vous dans votre vie lorsque Gaëtan a connu ses premiers succès avec Louise Attaque?

R.B. – Les débuts de Louise Attaque correspondent à une période de ma vie où je croyais fermement que tout était possible. Je me sentais libre et j’étudiais au Conservatoire national d’art dramatique. Avec mes autres camarades, nous écoutions Louise Attaque en boucle après les cours. J’ai suivi ensuite toute son actualité musicale avec une mention particulière pour son travail sur “Bleu pétrole” d’Alain Bashung qui reste mon artiste préféré. J’ai rencontré pour la première fois Gaëtan dans les coulisses du Zénith de Paris, lors d’un concert de sa tournée solo Ginger en 2011. Vous avez déjà ressenti ça sans doute… Vous serrez la main de quelqu’un en croisant son regard et vous vous dites: “Cest une bonne personne”. C’est exactement ce que j’ai eu avec Gaëtan. Et quand j’ai eu la chance de collaborer avec lui, il était tel que je me l’imaginais. J’ai eu du pif, je ne me suis pas trompée. Gaëtan, c’est un peu mon double. Nous avons la même conception de notre métier.
G.R. – Pour l’anecdote, cette première rencontre avec Rachida m’a particulièrement marqué. Après un concert, beaucoup de gens pensent qu’on va dans les loges comme on rentre dans un moulin. Même quand tu enlèves ton froc ou que tu prends ta douche après avoir sué deux heures sur scène, il y a toujours un mec qui va débarquer. C’est parfois pénible. Ce soir-là, Rachida, elle, a attendu dehors dans son coin, sans broncher. J’ai pensé: “Ouah, cette femme-là, c’est la grande classe”. J’ai ensuite commencé à m’intéresser à son travail et je me suis rendu compte qu’elle ne vivait jamais sur ses acquis tout en faisant son chemin avec beaucoup d’humilité. C’est très rare dans ce métier.

Avez-vous l’impression de sortir de votre zone de confort respective avec Lady Sir?

G.R. – Musicalement, Lady Sir est fort différent de mes projets précédents car tout est mis en place pour deux voix. Mais ce qui m’a le plus bousculé, c’est le rapport à l’image. Je ne suis pas du tout à l’aise avec ça. Je n’ai jamais mis mon visage sur une
pochette de Louise Attaque et les clips, ça n’a jamais été mon truc. Pour Lady Sir, nous avons décidé de filmer des sessions live. Il y a eu notamment un tournage dans des arènes vides à Barcelone pour la chanson Je ne me souviens pas (la vidéo est disponible sur leur page Facebook – NDLR). Ce n’était pas un simple duo. C’était presque un duel où chacun répondait à l’autre avec des caméras qui tournoyaient. Je suis reconnaissant à Rachida de m’avoir tiré vers le haut avec toute son expérience.Pour moi, ce clip a été une étape déterminante dans le projet Lady Sir. À ce moment-là, j’ai su pourquoi je m’étais lancé dans ce projet et pourquoi j’avais eu raison de le faire.
R.B. – Quand j’ai sorti mon premier disque solo, j’ai eu droit au traditionnel “encore un caprice de comédienne”. Avec Lady Sir, je montre que la musique est pour moi non seulement une envie mais aussi un besoin. Gaëtan a aussi le don de vous mettre en confiance et de vous pousser à vous surpasser. Il ne lâche rien mais n’impose rien non plus. C’est une démarche saine qui me fait beaucoup de bien.

Le 27/08 aux Solidarités.

 

 

Sur le même sujet
Plus d'actualité