PHOTOS. Steve McCurry, incarnation romantique du photographe globe-trotter

Avec Jonathan Littell, qui signe Wrong Elements (voir le Moustique du 29 mars 2017), Steve McCurry incarne l’intérêt du public pour le film et la photo documentaire. Malgré une récente polémique, le reporter américain n’a rien perdu de son aura. La preuve par les visiteurs qui font le succès de l’expo qui lui est consacrée à Bruxelles et qui se termine ce dimanche 20 août. 

Réfugiée au Pakistan en 1984, la jeune Afghane Sharbat Gula a fait le tour du monde. ©Steve McCurry

Faut-il encore aimer les photos de Steve McCurry lorsqu’on sait qu’elles ont été retouchées ? Oui, si l’on en croit la foule présente à la rétrospective qui lui est consacrée à la Bourse de Bruxelles. Sévèrement critiqué par l’association américaine des photographes de presse pour avoir joué avec les limites de l’éthique, McCurry a vu son statut modifié aux yeux de la profession – il est passé de photojournaliste à conteur – sans que cela change grand-chose dans la perception de son travail par le grand public. Comme Yann Arthus-Bertrand, il reste un photographe loué pour ses images à l’esthétique accrocheuse et consensuelle. Ce n’est pas la première fois qu’un reporter a affaire au tribunal de la vérité… Robert Capa, cofondateur de l’agence Magnum à laquelle appartient Steve McCurry depuis 1986, est lui-même accusé d’avoir inventé la légende entourant les onze photos – intouchables – du débarquement sur les plages de Normandie en juin 1944 et considérées comme les premiers témoignages de l’événement.  

La méthode Mc Curry

Cette mise au point sur la méthode McCurry – retouches sur certaines images, pas toutes – n’a empêché ni les hommages, ni les expositions de se multiplier aux quatre coins du monde. Ni son image la plus célèbre – celle de la jeune Afghane Sharbat Gula dont le visage et les yeux ont été retouchés – de postuler au titre de Joconde moderne. L’afflux des visiteurs devant ce portrait à l’expo de Bruxelles le prouve… Avouons-le, face à la beauté souvent enivrante des images (il y en a 200), on oublie la polémique et on se laisse happer par la force d’évocation des tableaux composés par le photographe. Le premier reportage qui a valu à McCurry d’exploser sur la scène internationale – avec les moudjahidin en Afghanistan avant l’invasion soviétique en 1979 – est d’ailleurs rythmé par une série de portraits et de scènes où les personnages prennent la pose. Cela n’enlève rien à la puissance ironique reflétant la réalité des combattants.  

Amoureux de paysages exotiques

À 67 ans, Steve McCurry, né à Philadelphie, est l’incarnation romantique du photographe globe-trotter, amoureux de paysages exotiques et casse-cou porté par le goût du danger. Il a couvert la guerre en Afghanistan, la guerre Iran-Irak, la guerre civile au Liban, la guerre du Golfe, mais aussi l’effondrement des tours du World Trade Center. De ces missions, il ramène des images qui modifient la grammaire du reportage de guerre par un jeu volontaire avec le graphisme, les couleurs et l’émotion, traitant de l’influence de la violence sur les hommes et de leur capacité de résistance. Le fil rouge de l’expo se trouve dans le regard des modèles – souvent immense, interrogateur ou empli de douceur. Hommes, femmes, enfants disent avec les yeux l’espoir d’un monde souvent attaqué et brutalisé. Des visages qui nous emmènent aussi en Chine, au Japon, en Inde, à Cuba où Steve McCurry saisit des instants de vie, si loin de nous, mais si proches par l’humanité qui nous y relie.

L’exposition est prolongée jusqu’à ce dimanche 20 août: https://www.bruxelles.be/exposition-world-steve-mccurry-prolonge

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