Le cinéma face aux extrêmes

Le populisme s’étend, le septième art remonte sur les barricades. Mais encore très timidement. Rencontres éclairées avec Lucas Belvaux et Nabil Ben Yadir, deux réalisateurs belges parmi les rares à oser encore organiser la riposte.

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Donald Trump a conquis l’Amérique et Marine Le Pen s’annonce gagnante au premier tour de l’élection présidentielle française. Face à cette montée des extrêmes, le cinéma, comme d’autres, cherche ses marques, mais semble lui aussi décidément frileux. Finies, les grandes fresques à la Costa Gavras qui osaient questionner les dictatures sud-américaines ou les brûlures de l’histoire. 
Après le 11 septembre 2001 ou l’appel grandissant au djihad, on a bien vu certains films s’emparer des démocraties en crise et des déséquilibres au Proche-Orient (voir l’audacieux mais inégal Les cowboys avec François Damiens), mais il semble que le film social l’ait définitivement emporté sur le politique pour affronter les questions contemporaines. Ken Loach dénonce la paupérisation des travailleurs britanniques avec le portrait d’un charpentier au chômage et Vincent Lindon devient un héros de l’ordinaire en chômeur longue durée dans La loi du marché. Des postures cinématographiques qui “convoquent les grandes questions mais ne se mouillent pas” selon la couverture-choc des Cahiers du cinéma qui dénonçaient il y a peu “le vide politique du cinéma français”. Chez nous, le nouveau film de Lucas Belvaux, fait donc figure d’outsider dans son évocation à peine masquée du Front National. La question lui revient donc de droit: qu’est-ce qui fait un film politique en 2017? Éclairé et engagé, le cinéaste belge a bien voulu nous guider sur la route changeante du cinéma politique.
Le cinéma politique existe-t-il toujours? 
LUCAS BELVAUX – Depuis la chute du mur de Berlin, le cinéma purement politique a disparu. La société s’est libérée, la parole aussi. L’ennemi est moins identifié. Avant, les fictions de gauche étaient des films à charge qui s’inscrivaient dans une tradition politique, que ce soit le cinéma du Front populaire en France ou le cinéma démocratique américain de John Ford, par exemple. Je pense ensuite que la droite a perdu la bataille culturelle et n’a cessé de    critiquer le cinéma politique et social de gauche, se moquant dans les années 90 des “films de cuisine avec des filles à cheveux gras”. En réalité le cinéma de gauche doit continuer à s’exprimer haut et fort, même si les formes évoluent.
Godard disait: “Il ne s’agit plus de faire des films politiques mais politiquement”…
Si par là on entend faire du cinéma de manière    éthique, en sachant d’où l’on vient et en étant conscient de son approche, je crois pouvoir dire que j’ai toujours fait des films politiquement. Concernant le contenu, il est possible de parler de politique plus ou moins frontalement.

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