« Paysage après la bataille », une leçon magistrale de BD

Prix du meilleur album à Angoulême, Paysage après la bataille était aussi l’ un de nos gros coups de cœur. On revient avec ses auteurs sur la consécration d’un travail d’orfèvre, exigeant et généreux.

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Il va falloir un peu patienter, car les 4.000 exemplaires de Paysage après la bataille se sont arrachés suite à l’annonce de son statut de Fauve d’or, poussant l’éditeur à en réimprimer 8.000. Pas banal pour une BD que certains taxent un peu vite d’élitiste. Pourtant, cette invitation à la poésie, qui démarre avec les paroles du Blackbird des Beatles ( Prends ces ailes cassées et apprends à voler ), est un miracle à plus d’un titre.Tout d’abord, elle permet à la profession de récompenser deux auteurs qui en avaient besoin, comme le reconnaît le scénariste, Philippe de Pierpont: C’est un gros paquet de vitamine ce prix! C’est un soulagement et une confirmation, il nous dit à Éric (Lambé, le coauteur – NDLR) et à moi: continuez, vous êtes dans le bon”. Ensuite, ce prix remet à leur place les grincheux à la critique facile, qui usent un peu trop souvent du mot “pointu” comme s’en défend de Pierpont: Ça fait vingt-cinq ans qu’Éric et moi faisons de la BD, nous sommes convaincus que le public est là, et c’est à lui qu’on pense! Ce prix est un encouragement à tous les auteurs de BD dite “autre” et qui rament. C’est clair qu’avec son format, son épure graphique et sa chronologie pas très logique, Paysage après la bataille peut effrayer. Pourtant, il est très lisible, c’est même l’obsession d’Éric Lambé: Je travaille comme un peintre, conscient que son tableau ne sera définitivement construit et achevé qu’à travers le regard et l’expérience du spectateur. Philippe de Pierpont précise: Il y a deux conditions pour que notre livre soit lu. Tout d’abord, il faut que le grand public soit invité à le faire, et c’est maintenant le cas avec ce prix… Mais aussi, il doit savoir qu’il ne va pas lire un Lucky Luke ou un Achille Talon!” Comme une preuve supplémentaire de la richesse du 9e art, la consécration de cette BD vient aussi couronner le travail et l’amitié de deux grands observateurs de l’humain. Et ce, sans détours, comme s’en émeut Éric Lambé : On était les gros outsiders, mais le vote fut unanime. Pour nous, ça veut dire énormément!Pour nous, ça confirme qu’Angoulême a su reconnaître l’excellence là où elle se trouve: en marge du mainstream, mais à disposition de qui veut s’y plonger.
 
**** Paysage après la bataille, Philippe de Pierpont & Eric Lambé, Actes Sud/Frémok, 432 p.

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