Fences, la figure d’un homme brisé par l’Amérique ségrégationniste

Denzel Washington chronique le destin d’un éboueur noir américain. Édifiant même si trop appuyé.

Fences ©Prod

C ’est une histoire qu’il a longtemps rodée sur les planches de Broadway, avant de la porter à l’écran. Denzel Washington (63 ans et deux oscars au compteur) adapte une pièce d’August Wilson qui reçut le prix Pulitzer en 1983. L’histoire se passe trois décennies auparavant, dans une famille ouvrière noire du Pittsburg des années 1950 dont la figure centrale est Troy Maxson, ancien joueur de baseball devenu éboueur, dont la personnalité excessive et emblématique irrigue tout le film.

En plusieurs scènes (trop) théâtrales et tournées en quasi-huis clos dans l’arrière-cour de la maison, le spectateur est plongé dans les monologues énervés que Troy assène sans reprendre son souffle à sa femme (excellente Viola Davis), ses deux fils et son frère handicapé de guerre. Le choix de cette pièce n’est évidemment pas anodin dans une Amérique qui tente de donner plus de place au cinéma noir, porté par le mouvement #Blacklivesmatter.

À travers la figure d’un homme brisé par l’Amérique ségrégationniste, qui préférera casser ses fils plutôt que les pousser à accomplir des rêves auxquels il ne croit plus, Denzel Washington (devant et derrière la caméra donc) parvient aussi à dresser le portrait ambigu d’un homme emmuré dans son propre système de défense, incapable de voir que “le monde a changé”.

** Fences. Réalisé par Denzel Washington. Avec Denzel Washington, Viola Davis – 139’.

 

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