Avec « Silence », Scorsese cherche Dieu en vain

Martin Scorsese revient au cinéma mystique.

Silence ©Prod

Grand écart. Après Le loup de Wall Street, Scorsese revient à la mystique avec le chemin de croix de deux missionnaires portugais (Andrew Garfield et Adam Driver) envoyés sur les traces d’un prêtre disparu (Liam Neeson). Dans un Japon qui traque les convertis (les “kirishitan”), Père Rodrigues et Père Garupe sont forcés de choisir entre le martyre ou le reniement de leur foi pour le bouddhisme. Basé sur un best-seller de l’écrivain catholique japonais Shusaku Endo paru en 1966, le film permet à Scorsese (qui fut séminariste dans sa jeunesse) de renouer avec deux thèmes favoris de son cinéma: la mystique et la violence (qui irrigue tous ses films). 

Silence se déploie donc en tableaux sombres dévoilant des messes secrètes dans la montagne, des grottes éclairées à la bougie et des scènes de crucifixion. On y rencontre des martyrs chrétiens, des villageois apostats et un grand inquisiteur (terrible Yoshi Oida), servant l’interrogation lancinante de Scorsese: que faire lorsque Dieu vous a abandonné ? Pour incarner cette tentation du désespoir face au silence divin, il eût fallu un acteur autrement plus épais qu’Andrew Garfield. Trop léger et étonnamment antipathique, l’acteur britannique incarne au forceps l’orgueil occidental face à la sagesse nipponne. Plus opaque et amaigri pour le rôle, Adam Driver aurait sans doute mieux convenu pour conjurer un manichéisme dont Scorsese ne sort pas. N’est pas Pasolini qui veut.

** Silence. Réalisé par Martin Scorsese. Avec Andrew Garfield, Liam Neeson,  Adam Driver – 161’.

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