Interview de Jain, l’icône jeune qui a triomphé aux Victoires de la Musique

Artiste féminine de l'année et également plébiscitée pour le clip de Makeba, la Toulousaine impose une fraîcheur mutliculturelle aux Victoires de la Musique. Moustique y croyait depuis le début. Notre interview.

 

 

jain

Jain a fait coup double ce vendredi lors de la 32e cérémonie des Victoires de la Musique, l’emportant dans la catégorie reine « artiste féminine » de l’année ainsi que dans la catégorie vidéo-clip pour le court-métrage de Mabeka. «Je n’ai rien préparé, je pensais que ce serait la grande Véronique Sanson qui gagnerait. Je ne pensais pas qu’un album aussi multiculturel marcherait en France», a-t-elle déclaré en recevant sa récompense.

Le triomphe de l’auteure-compositrice-interprète toulousaine 25 ans est tout sauf une surprise pour les lecteurs de Moustique. Nous avons en effet toujours soutenue cette artiste découverte par notre envoyé spécial à l’Eurosonic juste après la sortie de son premier et unique album « Zanaka » qui est désormais  certifié double disque de platine (200.000 ventes). Chevelure stricte et robe sobre à col blanc, Jain met du soleil dans les chaumières en malaxant pop, hip-hop, instruments traditionnels et laptop. Une fille de son temps, Jain. Sur “Zanaka” (“enfant” en malgache), elle fait fantasmer son quotidien, bricole ses chansons dans son coin, cabosse les refrains d’effets zarbi et fait rimer “Afrika” avec “Miriam Makeba”. Grande triomphatrice des festivals d’été en 2016, cette Shiva pluridisciplinaire poursuit sa route. Après les Victoires, Jain a prévu d’enregistrer de nouveaux morceaux à Paris avec la complicité de Yodelice, déjà à la production de “Zanaka”.  Habituée à se produire seule sur scène avec son looper, Jain nous reviendra en formule groupe cette fois à l’Ancienne Belgique ce 25 février avant de tenter l’aventure aux États-Unis. Sa consécration aux Victoires devrait également nous la ramener cet été. Nous l’avions rencontré en décembrer dernier dans les coulisses de son concert sold-out à l’Ancienne Belgique.

Paru à l’automne 2015, votre album “Zanaka” a mis plusieurs mois avant de décoller. Avez-vous craint qu’il passe inaperçu?

Quand “Zanaka” est sorti, je n’avais pas d’attentes particulières. J’avais envie que les gens l’écoutent, mais je savais aussi que c’était un album “difficile” car les chansons partent dans tous les sens. Des gens du département marketing de ma firme de disques me disaient “ce n’est pas assez clair”.  J’ai pris le risque et finalement, ce “pas assez clair” est devenu ma marque de fabrique. Sur ce premier album, il y a du reggae, de la pop anglo-saxonne, de l’électro, de la musique africaine. Ça correspond à ce que j’écoute depuis que je suis toute petite. Et si le disque a fonctionné, c’est aussi parce que beaucoup de gens sont comme moi. Ils n’écoutent pas seulement un style de musique.

Le look très prude que vous affichez dans vos clips et sur les photos promo est en parfait décalage avec votre musique. C’est voulu?

J’ai fait une école d’art. Je connais l’importance de l’image. Je sais qu’avant d’écouter ma musique, les gens vont voir la pochette du disque ou mon clip. Ce look de fille amish, ces robes à col Claudine rappellent que je suis une fille timide et peu extravertie dans la vie de tous les jours. Pour moi, c’était important de prendre cette facette de ma personnalité et de l’exacerber sur scène avec une musique effectivement très festive. Ce qui est marrant, c’est que je vois beaucoup de filles venir avec des robes à col Claudine à mes concerts. J’ai contribué à relancer la mode.

Dans la chanson Hob, vous dites “La vie me semble facile”. Est-ce autobiographique?

C’était autobiographique. J’ai écrit Hob à l’âge de seize ans. Je vivais encore avec mes parents. Je trouvais que la vie était “easy”. Et puis je suis partie pour tenter ma chance dans la musique et j’ai galéré pendant plusieurs années. Je n’écrirais plus la même chanson aujourd’hui. Les paroles de Hob sont candides mais je la chante encore aujourd’hui pour me rappeler la fille que j’étais.

Jusqu’à l’adolescence, vous avez mené une vie de nomade avec vos parents. C’est cette expérience qui nourrit vos chansons?

Comme mon père travaille pour une compagnie pétrolière, j’ai voyagé au gré de ses affectations. Dubai, Pointe- Noire au Congo-Brazzaville, le Moyen-Orient… Cette enfance déracinée a complètement modifié ma vision du monde, et donc ma musique. Ce premier album raconte ce parcours.

En 2016, chaque fois qu’un artiste français sortait un album, il disait que c’était en réaction aux attentats et à la morosité ambiante. Est-ce votre cas?

Le disque est sorti une semaine avant les attentats de Paris. Il est rythmé, solaire et 100 % positif car j’ai toujours considéré la musique comme un vecteur de fête. Au Congo-Brazzaville, quand les musiciens se produisent en public, c’est pour faire la fête et danser. Même dans les cérémonies religieuses, les gens ne restent pas les bras croisés quand un groupe joue. “Zanaka” a été enregistré dans ce même esprit. Et s’il permet en effet de s’évader en ces temps difficiles, il n’est pas directement lié aux attentats.

Est-ce qu’il y a eu un concert ces derniers mois où vous avez senti que vous franchissiez un échelon supérieur?

Il y en a eu plein, mais c’est l’été dernier que je me suis rendu compte que ma musique touchait du monde. J’ai fait pour la première fois les festivals. Souvent je jouais en lever de rideau, en début d’après-midi.  Je me disais: “Tu chantes à 14 h, tu es seule sur scène, personne ne viendra te voir à cette heure-là”. Quand j’ai ouvert le festival Les Vieilles Charrues, il y avait 35.000 personnes devant la scène. C’était la canicule, la journée était encore très longue et tout le monde dansait. Ouah… J’oublierai jamais ce truc comme je n’oublierai jamais ce qui m’est arrivé en 2016.

Si votre maison de disques vous dit: “Tu peux t’offrir une folie sur ton deuxième album”, que faites-vous?

Je demande à Kendrick Lamar de venir chanter avec moi. Mais ça n’arrivera pas. J’enregistre déjà mon nouvel album à Paris courant janvier. On garde la même équipe. Ça s’est parfaitement bien passé avec Yodelice sur mon premier disque et il en sera de même avec celui-ci.

Le 25/2 à l’Ancienne Belgique.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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