Le documentaire 21 rue La Boétie

Après l’exposition sur son illustre grand-père, Anne Sinclair et ses équipes relèvent le défi du documentaire. Une passionnante immersion dans le quotidien du plus célèbre marchand d’art et promoteur de l’art moderne.

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Pari relevé ! Réalisé par Virginie Linhart d’après le livre d’Anne Sinclair (Grasset, 2012), le film 21 rue La Boétie retrace en images le parcours ascensionnel de ce marchand d’art hors-norme, de ses débuts dans la galerie paternelle à ses nombreux voyages de formation qui aboutiront, en 1911, à l’inauguration de sa galerie rue la Boétie, nouvel antre de la peinture du XXe siècle. Aux heures de gloire d’un business en pleine expansion se succèdent les années sombres du régime hitlérien, la contrainte d’un exil à New York, le désarroi d’un homme face à la dispersion forcée de sa collection par les nazis, sa détermination à rendre justice à ces 400 œuvres volées, et au travail de toute une vie.

Des documents inédits

Si l’expo (ouverte à Liège jusqu’au 19 février) fascine par la qualité des œuvres exposées, le film séduit par la place qu’il accorde à l’individu et à son intimité. On y découvre tour à tour l’entrepreneur alerte, le conseiller avisé mais aussi le passionné naïf et le confident profondément attaché à ses peintres. Certains extraits émeuvent comme ces liens d’amitié qu’il entretenait avec ses protégés – Picasso, Braque, Matisse, Léger -, ou ses regrets de n’être qu’un « simple marchand » dépourvu de talent. D’autres encore font sourire comme les pointes d’humour désabusées du marché de l’art. Documents d’archives inédits (photos, correspondances, vidéos) et créations graphiques animées contribuent pleinement à rendre à la famille Rosenberg et aux artistes leurs vrais visages et émotions, le tout commenté via les souvenirs d’enfance d’Anne Sinclair.

Un bel éclairage

Pas question donc ici de déjà-vu, le film offre un bel éclairage complémentaire au livre et à l’exposition. Mais ceux qui découvriraient – seulement! – ce personnage d’exception l’apprécieront tout autant. 21 rue La Boétie n’est certes pas le premier documentaire à consacrer la figure du marchand d’art (on pense notamment à celui dédié à Paul Durand-Ruel pour les impressionnistes ou à Ernst Beyeler), et c’est tant mieux. Car dans un marché de l’art globalisé et hyper-spéculatif, l’histoire de l’art a tendance à ternir quelque peu l’image de ces marchands éclairés.

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