Banksy : dos au mur

Sorti des rues anglaises bonbonnes de peinture à la main il y a plus de vingt ans, et toujours anonyme, il est devenu l’un des artistes contemporains  les plus célèbres. Portrait, à l’occasion de son exposition anversoise.

Banksy ©J. Paul Getty Trust, Getty Research Institute, Los Angeles
Banksy ©J. Paul Getty Trust, Getty Research Institute, Los Angeles

Tout le monde a entendu parler de lui ou de ses œuvres. Pourtant, personne ne sait qui se cache derrière la signature de Banksy. Depuis ses débuts, qu’on  situe dans les eighties près de Bristol, l’artiste anglais cultive son anonymat tout en imposant sa vision du monde aux yeux de tous, dans la rue. Paradoxal. Mais si Banksy tient à garder son identité pour lui et ses proches, ce n’est pas par coquetterie. Graffer dans l’espace public, aussi joli soit le résultat, reste illégal. Ces opérations souvent nocturnes se pratiquent capuche sur la tête et il n’est pas rare qu’elles soient mises en péril par les forces de l’ordre traquant les vandales picturaux. Sur un plan plus politique, le clandestin le plus célèbre du globe porte son anonymat comme une fierté.  “J’aime penser que, dans une démocratie occidentale, j’ai le cran de me dresser et de revendiquer des choses en lesquelles personne ne croit comme la paix, la justice et la liberté”, écrit-il dans son livre Wall And Piece.

Bien sûr, certains tentent toujours de percer le mystère à coups de théories plus ou moins référencées. La plus folle, née dans l’esprit du blogueur anglais journaliste Craig Williams, désigne 3D alias Robert Del Naja, l’un des membres de Massive Attack. L’hypothèse est sexy et pas tout à fait dénuée de fondement: les deux ont commencé à Bristol et manient le pochoir. Mieux, le journaliste du Daily Mail a remarqué que l’apparition de certaines fresques de Banksy correspondait à plusieurs reprises avec le timing des tournées du groupe de trip-hop. Face à l’emballement médiatique, Del Naja dément calmement mais fermement. Lui et son prétendu double ne sont pas la même personne mais ils se connaissent et sont amis. Mélissa Chemam, auteur du livre En dehors de la zone de confort qui raconte l’émergence de la scène artistique de la petite ville anglaise, n’y croit pas non plus. Si Banksy s’est bien inspiré du travail de 3D, qu’il considère lui-même comme une influence, les deux Britanniques auraient huit ans de différence d’après elle. Un argument de poids qui semble avoir mis fin au débat depuis. Jusqu’à la prochaine spéculation… qui ne tardera pas.

Message in a bonbonne

Cette obsession à attribuer une identité au Zorro de l’aérosol ne doit toutefois pas occulter son catalogue pléthorique. Parce que avant d’être une hype et un objet de curiosité pour apprenti détective, Banksy c’est aussi de l’art. Comme tous les gamins de son âge, il commence par taguer son blaze ou des mots aux lettres géantes et stylisées: “J’ai commencé dans le style new-yorkais traditionnel. Je n’étais pas très bon (…) et ça me prenait des plombes. Il fallait que je trouve une solution pour être plus rapide” confesse-t-il dans le documentaire B movie. À 18 ans, à deux doigts de se faire serrer par la police des transports, il a une épiphanie en posant ses yeux sur les inscriptions pochées qui arborent de vieux bidons d’essence: en recopiant le procédé, il gagnerait du temps sur le terrain. Du pétrole et des idées… Grâce à sa nouvelle technique, il entreprend des projets d’une tout autre ambition. Quelques coups de crayon, une poignée d’incisions au cutter et le voilà capable de peindre à peu près tout ce qui lui passe par la tête. 

Or, les pensées qui le traversent sont des trésors de subversion. Le style Banksy, c’est une technique particulière mais surtout un message. S’il n’est pas très loquace, il n’en a pas moins de choses à dire. À coup de pinceaux, de bombes mais aussi avec beaucoup de sarcasme, d’ironie et de génie, il dépeint les travers des sociétés occidentales. Dans son viseur: le consumérisme effréné, l’impérialisme militaire et culturel, les religions, la mode, l’art et l’autorité. Contrairement à son confrère Shepard Fairey et son célèbre Obey, le credo de Banksy serait plutôt disobey: “Les plus grands crimes du monde ne sont pas commis par des gens qui transgressent les règles mais par ceux qui les suivent. Ce sont des gens qui suivent des ordres qui larguent des bombes et qui massacrent des villages”, inscrit-il sur l’une de ses fresques. D’ailleurs, lui n’a pas l’habitude de respecter les règles du jeu. Sans pudeur ni pincettes, il détourne des symboles de la culture contemporaine pour choquer et provoquer la réflexion. Impossible de ne pas sentir de malaise en voyant ses œuvres qui nous renvoient certains comportements en pleine face. 

Rebelle, anticonformiste, “artiviste”, Banksy n’en est pas moins devenu l’un des artistes les plus prisés de sa génération. Désormais, les plus grands collectionneurs d’art contemporain veulent posséder une création du kid de Brighton. Sur les vitrines des marchands d’art, son pseudo cohabite avec Pablo Picasso, Jeff Koons ou Damien Hirst. Un constat qui ne doit pas le réjouir, lui qui a les galeries en horreur et qui vomit le système dans lequel ses œuvres sont rentrées. “L’art n’est pas une culture comme les autres parce que son succès n’est pas fait par son public, l’art que nous regardons est fait par quelques privilégiés. Quand vous allez dans une galerie, vous êtes juste un touriste qui regarde l’armoire à trophées de quelques millionnaires”. Pour lui, “un mur a toujours été le meilleur endroit pour publier son travail”

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