Vincent Delerm : « Dans la vie aussi, mon père dit les choses. Il n’y a pas de sentiments enfouis »

Le père sort un livre, Journal d’un homme heureux. Le fils propose « A présent », un nouvel album, et les deux se retrouvent exceptionnellement à la télé ce jeudi dans l'émission La Grande Librairie sur France 5.  

Vincent Delerm-octobre2016 _ Belga

Dix ans avant La première gorgée de bière qui devait le rendre célèbre, Philippe Delerm écrivait quotidiennement ses plaisirs du moment et ses espoirs d’écrivain. Publié aujourd’hui sous le joli titre Journal d’un homme heureux, ce texte donne l’occasion au père de rejoindre sur le plateau de La Grande Librairie Vincent, qui sort lui un album de chansons, trois recueils de photos et annonce une tournée. Pour une fois, nous avons demandé au fils de raconter celui qui l’a si souvent glissé dans ses livres.

Comme vit-on le fait de se retrouver enfant  trente ans après dans Le Journal d’un homme heureux ?

Vincent Delerm  – A 18 ans, j’ai lu Le bonheur,  tableaux et bavardages. Ça m’a chamboulé mais ça m’a aussi servi de vaccin. Je me suis habitué à retrouver des scènes de mon enfance sans aucune transformation. Seul le style crée une distance. Dans ce livre, j’ai 12 ans et je retrouve les détails et au présent des souvenirs devenus brumeux avec le temps. C’est une expérience unique et émouvante.

Vous avez de votre père une connaissance intime qui échappe normalement à un fils…

V.D. – Je ne suis jamais surpris. Dans la vie aussi, mon père dit les choses. Il n’y a pas de sentiments enfouis. C’est à la fois logique mais étrange de ne quasi parler que de lui. Dans ma tête, mon père et Martine, ma mère, sont ex-aequo. Ensemble, ils ont mis en place une idée importante : ils étaient artistes en même temps que profs et totalement inscrits dans la vie. Ils prenaient la création très au sérieux mais refusaient de la sacraliser. Je me souviens d’une visite, enfant, dans un salon du livre où, enfant, je me suis dit « ça doit être super d’avoir des parents écrivains ». Je ne voyais pas que ce papa qui jouait au foot avec moi en était un.  

Vous discutez boulot entre vous ?

V.D. – Oui et je préfère le lire avant publication pour pouvoir lui donner mon avis. Je sais combien ça m’aide que ma copine relise mes textes. Lui me donne plutôt des impressions sur des moments en scène.

Vous vous interdisez d’écrire des romans comme « papa » ?

V.D. – Je n’ai jamais essayé d’écrire un livre. Inconsciemment, je me dis peut-être que c’est le truc de mon père. A aucun moment, mes parents ne m’ont fait sentir que c’était dommage que j’écrive des chansons plutôt que des romans. Ils ont fait la fac de lettres mais, pour  eux, les chansons sont presque plus fortes que les livres.  Dès les années 80, mon père faisait en classe des explications de textes, souvent d’Alain Souchon. 

Vous pourriez raconter vos parents dans une chanson ?

V.D. – Sur Le garçon,  dernier titre de l’album, j’ai voulu leur chanter des souvenirs en commun et leur dire  « j’ai changé, pardon ».  Ça doit ne doit pas être marrant de voir son enfant de quarante ans avec des cheveux blancs. 

Vincent et Philippe Delerm sont également réunis dans le Moustique de cette semaine. A découvrir en librairie ou sur notre édition numérique.

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