Albums Panini : le juteux business qui donne des idées

Objets de culte, les célèbres vignettes Panini sont devenues des objets financiers. Derrière ces autocollants de joueurs de foot se cache un véritable business qui coûte son pesant d’euros pour celui qui cherche à compléter son album.

des vignettes pour un album Panini
© Isopix

Mille euros pour dégoter Lionel Messi ! Sérieusement ?” Hugo a les yeux qui sortent par les oreilles. Au départ, pourtant, ça lui semblait une bonne idée d’offrir l’album Panini de la Coupe du monde au Qatar à ses deux rejetons de cinq et sept ans: “Ça servait de monnaie d’échange quand ils rechignaient trop. Une pochette Panini et les négociations ­prennent fin. C’était un bon deal, d’autant qu’ils adorent ça et jouent dans le calme. Le problème, c’est qu’il n’y a personne dans leur école pour échanger les autocollants qu’ils ont en double. Que des joueurs australiens, en plus ! Et la seule vignette qu’ils veulent, c’est celle de Lionel Messi, qui semble ne pas exister. Panini va me ruiner !

C’est devenu un incontournable des Coupes du monde depuis Mexico 1970: l’album d’autocollants Panini à remplir pour tout connaître sur les équipes en lice avant l’ouverture de la compétition. Tous les quatre ans (tous les deux ans en comptant les ­championnats d’Europe), les petits et les grands se lancent dans la quête des vignettes des joueurs les plus prestigieux, devenus des objets de fouilles et autres marchandages dans les cours de récréation - et les bureaux. Mais il n’est pas facile de remplir un album. Et à chaque Coupe du monde, le prix à payer augmente. Cette année, on dépasse même une barre symbolique: 1.000 euros pour remplir l’album! C’est un professeur de mathématiques de l’Université de Cardiff qui a fait les calculs. Si l’album Qatar 2022 comprend 670 vignettes à 0,20 euro (1 euro le paquet de cinq), Paul Harper a calculé que, en comptant les doublons, il fallait… 4.852 vignettes pour en arriver à bout. Soit 1.000 euros. En ­augmentation de 12,8 % par rapport à la Coupe du monde de 2018 en Russie, qui était elle-même plus chère que Brésil 2014, époque glorieuse où le paquet de cinq vignettes ne valait “que” 0,60 euro.

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Un Pelé, le Graal des vignettes

L’inflation a bon dos. L’entreprise s’en défend, mais le fait est que le business des frères Panini, lancé dès les années 50 (et dans sa forme actuelle à partir des années 70) fonctionne par la production massive de doubles, tandis que certaines images sont éditées dans un volume moindre (Lionel Messi, par ­exemple…). C’est aussi cela, en plus de la folie du foot, qui a élevé les vignettes Panini au statut d’objets de collection. Notre professeur Paul Harper a ainsi calculé, à l’occasion de la Coupe du monde 2018, que si la première vignette achetée était assurée de ne pas être un double (ouf!), il n’y avait plus que 99,85 % de chances que la deuxième ne soit pas un doublon, 99,7 % pour la troisième, et ainsi de suite. “En résumé, dit-il au Guardian, vous n’êtes encore qu’à la moitié du chemin quand il ne vous reste que dix-neuf vignettes à collecter.” Panini a poussé le vice de la collectionnite en créant, cette année, des vignettes de Légende pour certains joueurs… forcément de légende. Bien cachés dans quelques paquets seulement, des autocollants à bord doré de Lionel Messi, Kylian Mbappé ou Kevin De Bruyne sont le Graal des supporters ultra. Quelques chanceux ont décidé de vendre leur vignette dorée de Lionel Messi sur eBay. Prix demandé: 500 dollars. Mais le Graal du Graal des vignettes Panini reste celle du roi Pelé lors de l’édition 1970. Signée par le joueur, elle a été vendue aux enchères en 2017 pour la modique somme de… 12.000 euros.

Voulez-vous un Messi numérique?

Vous n’imaginiez pas que votre album Mexico 86 avait autant de valeur boursière? Panini non plus. C’est pour ne pas se faire dépasser sur sa droite par SoRare que Panini passe un nouveau cap en lançant ses vignettes sous forme de NFT. La start-up française a en effet commencé l’année par un énorme coup conceptuel et financier. En lançant les premières cartes virtuelles de joueurs de foot, elle a brisé tous les plafonds de verre. La carte du prodige norvégien de Manchester City (à l’époque toujours à Dortmund) Erling Haaland ayant été “achetée” pour… 609.000 euros. Une somme folle pour une “chose” qui n’existe pas dans le monde physique. L’ère des cartes Panini 2.0. avait commencé. L’entreprise italienne a donc réagi rapidement en vue du Mondial qatari en mettant dans le circuit une collection de 420 cartes dans le monde virtuel, dont plusieurs sont considérées comme “rares”. Vous pouvez désormais obtenir un certificat d’authenticité numérique en achetant un paquet de sept cartes NFT pour 5 euros. Et avec un peu de chance, vous tomberez sur Lionel Messi… Mais si ce n’est pas le cas, il y aura la possibilité d’échanger vos cartes via une plateforme exactement comme dans une cour de récréation. L’occasion de se refaire des 1.000 euros dépensés pour ­terminer l’album Qatar 2022? Hugo y croit: “Imagine que l’Argentine remporte la Coupe, la carte ­virtuelle de Messi vaudra des centaines de milliers d’euros! C’est un coup à jouer”…

SoRare, la concurrence virtuelle

SoRare est une entreprise créée par deux Français en 2020. Le concept, c’est Panini 2.0.

SoRare propose des cartes virtuelles de joueurs de foot, associées à un certificat d’authenticité. En somme, la carte SoRare achetée, toute virtuelle soit-elle, équivaut à une œuvre d’art qui vous appartient. L’autre innovation de SoRare, qui a signé des partenariats Zinedine Zidane et Kylian Mbappé, est de proposer de jouer avec ses cartes. Ainsi, on peut acheter ses joueurs et former une équipe de cinq. Les résultats financiers de l’équipe dépendront des résultats sur le terrain, dans le monde réel. Exemple, si je suis en possession de la carte Kevin De Bruyne et qu’il marque trois buts, sa valeur financière montera en flèche. On a donc l’occasion de se fantasmer agent de joueur ou président de club dans le monde virtuel… Alors, révolution ou nouvelle dérive financière du monde du foot? Le fait est que la plupart des gens accros à SoRare sont… les joueurs de foot eux-mêmes, dont on sait que beaucoup ne manquent pas d’argent. Ce qui pose une question éthique, car SoRare peut aussi se voir comme une nouvelle forme de paris sportifs.

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