Coupe du monde 2022 : entre " honte " et " accélérateur de réformes "

L'organisation de la Coupe du monde au Qatar a fait débat au Parlement européen ce lundi soir.

Droits de l'homme: le Mondial entre
Des travailleurs à Doha © Belga Image

Au lendemain de l’ouverture de la Coupe du Monde de football au Qatar, l’organisation de l’évènement dans ce petit pays de la péninsule arabique et la situation des droits de l’homme sur place ont fait débat à la plénière du Parlement européen, lundi soir. Sous un vernis critique unanime, les positions divergent, entre " Coupe du Monde de la honte " et constat que certaines avancées ont été obtenues.

Les socialistes, dont les Belges Marie Arena et Marc Tarabella (PS), ont défendu ce dernier constat dans l’hémicycle, avec nuance. " Il est important aujourd’hui de pouvoir faire le point sur la situation des droits de l’homme au Qatar, avec cette visibilité donnée par la Coupe du monde, et de voir ce qui a pu être fait, ce qui a été violé et ce qui peut encore être fait (…) Oui, le Qatar a fait des avancées" , a résumé Marie Arena.

Système de la kafala

Elle cite l’abandon du système de la kafala (" la loi n’existe plus en tant que telle ") et la présence d’ONG et de l’OIT (Organisation internationale du travail) sur place, y opposant le fait que " dans certains secteurs la kafala existe encore, particulièrement pour les travailleurs à domicile ", et qu’il y a eu " violations et morts " pour lesquelles " il faut des compensations " (le Qatar a refusé jusqu’ici de mettre en place un fonds pour indemniser les familles des ouvriers morts sur les chantiers des stades, dont le nombre exact est inconnu).

La kafala est un système de mise sous tutelle des travailleurs étrangers, qui, une fois arrivés dans le pays, sont sous l’emprise de leur " sponsor " (habituellement leur employeur), ne pouvant pas quitter le pays ou changer d’emploi sans leur accord. Le Qatar a entamé une réforme de ce système, à la suite des nombreuses critiques qui ont suivi l’attribution de la Coupe du Monde à Doha.

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La situation n’est pas parfaite, loin de là, mais le pays s’est engagé sur la voie des réformes et sans doute que l’organisation de la Coupe du Monde est l’élément déclencheur qui les a accélérées, il faut le reconnaitre aujourd’hui" , insiste Marc Tarabella. " C’est le seul pays de la péninsule arabique à avoir abandonné la kafala. Et il y a le salaire minimum, le versement sur un compte bancaire, l’organisation de concertation au sein des entreprises, même si les syndicats ne sont toujours pas autorisés. Le discours unilatéralement négatif me parait préjudiciable à l’évolution future des droits au Qatar. Car il est important que l’évolution positive y continue mais fasse aussi tache d’huile dans la péninsule arabique, où il y a 40 millions de travailleurs migrants. "

" Coupe du monde de la honte "

La commissaire européenne Stella Kyriakides a défendu dans l’hémicycle le même discours, ajoutant qu’il " reste de nombreux défis ", et que " droits humains et droits du travail sont les éléments clés de l’engagement de l’Union avec le Qatar, qui est ouvert à cet engagement ".

Les élues Renew (libéraux, macronistes) Katalin Cseh et de La Gauche (gauche radicale) Manon Aubry n’ont quant à elles pas hésité à parler d’une " Coupe du monde de la honte ". " Le Parlement doit condamner le plus fermement possible la Fifa et le pays hôte" , a estimé la première. " J’entends les cyniques dire qu’il est trop tard. C’est faux!" , s’est emportée la Française Aubry. Elle a cité les décès présumés de milliers de travailleurs migrants sur les chantiers, l’aberration des stades climatisés, la caution d' "un régime autoritaire " et l’interdiction (par la Fifa) du port par les joueurs d’un brassard " One Love " en soutien à la communauté LGBTQI alors que l’homosexualité est illégale au Qatar.

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Nous devons mettre en place un fonds de compensation pour les victimes et assumer un boycott diplomatique. Et surtout, nous pouvons nous assurer que cela n’arrivera plus: avec une directive ambitieuse sur le devoir de vigilance, toutes les entreprises complices, la Fifa, les autres, seraient tenues pour responsables" , suggère-t-elle.

Plusieurs groupes politiques ont demandé qu’une résolution soit votée à la suite du débat, plus tard dans la semaine. Demande qui est passée malgré l’opposition des deux plus grands groupes de l’assemblée (le PPE, droite conservatrice, démocrates-chrétiens, et S&D, les socialistes et démocrates). Ceux-ci avaient pour souhait de ne pas affaiblir une mission d’eurodéputés (mise en place par la Commission des libertés civiles du Parlement européen) qui se rendra au Qatar dans quelques semaines pour un examen plus approfondi des droits de l’Homme et dont le travail aboutira justement à une résolution qui devrait être plus fouillée, entend-on en coulisses.

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